Les chiffres 2006 de l’agriculture

jeudi 12 juillet 2007.par Philippe Ladame
 
Progression du revenu agricole et évolution du modèle de subventionnement sont les deux mamelles de l’agriculture 2006.

En ce début d’été (si, si), Agreste, l’organisme de la statistique agricole publie deux documents qui mettent en lumière les grandes tendances observables en 2006, en matière d’agriculture en France.

Le premier document concerne le revenu par régions et catégories d’exploitation (.pdf de 500 Ko).

L’indicateur retenu dans cette étude est le revenu net d’entreprise agricole par actif (hors inflation). Il s’agit du résultat final de l’activité de production de l’année après déduction de toutes les charges.

Au plan national, le revenu net d’entreprise agricole par actif 2006 a augmenté de 16 % par rapport à l’année précédente. Derrière ce chiffre se cache des variations importantes par régions, bien illustrées par une carte d’où il ressort que si l’ouest, le centre et le sud voient un progression nette, le massif central et l’est sont moins bien lotis.

L’année 2006 aura été particulièrement positive pour les fruits (la chaleur a favorisé la production) et pour les céréales, oléagineux et protéagineux (dont les prix ont été favorisés par une relative pénurie).

Le deuxième document concerne le régime des aides agricoles (.pdf de 817 Ko).

De ce point de vue, l’année 2006 a connu une mutation importante. Ce n’est pas tant le montant global des aides qui aurait changé (il n’a augmenté que de 0.3% hors inflation), c’est sa composition interne.

Les aides d’exploitation (provenant principalement du budget européen) sont séparées en deux grandes masses :
- 1er pilier : les subventions directement liées à l’acte de production, (même si elles ne sont pas totalement proportionnelles aux quantités produites.) Ce sont les aides à la surface pour les céréales et oléoprotéagineux et les aides à l’élevage. Ces aides, liées à la production, se sont fortement développées avec la réforme de la Pac de 1992.
- 2ème pilier : les aides directes non directement rattachables à des productions (on les dit "découplées"). Elles concernent principalement le gel des terres, les indemnités compensatrices de handicap naturel et diverses aides agro-environnementales ainsi que les paiements uniques à l’exploitation à partir de 2006. La réforme de la Pac de 2003 a rendu obligatoire la notion de « modulation des aides », qui réduit les aides du premier pilier pour financer celles du second pilier.

L’évolution en cours consiste à augmenter la proportion des aides découplées, notamment par le biais des "paiements uniques" correspondant au seul entretien des surfaces. Mais s’ils ont vocation, à l’avenir, à être totalement déconnectés du niveau de production (et conditionnés par le respect de bonnes pratiques environnementales), la situation actuelle est assez brouillée.

D’une part parce, pour le moment, les cas de découplages partiels sont nombreux (la subvention dépend alors encore, pour une part plus ou moins grande, de la production). D’autre part parce que le "paiements uniques" sont assis sur des bases historiques, à savoir le montant des aides perçu en 2002. Or, à ce moment là, il s’agissait d’aides liées à la production.

Cette amorce d’évolution, censée privilégier la qualité et l’environnement, reste, de ce fait, très prisonnière du cadre de l’agriculture productiviste du siècle dernier.

On ne peut s’empêcher de trouver cela décevant et cette évolution bien lente, pour un secteur dont le revenu est tellement dépendant des subventions publiques. Selon l’étude d’Agreste, et sauf mauvaise interprétation de notre part, le revenu agricole 2006 provenait en effet pour 77% de subventions : 55% d’aides directes indépendantes du niveau de la production et 22% aides directes encore liées aux volumes produits [1].

[1] A quoi il faut ajouter des aides indirectes (mesures d’intervention, encouragement aux exportations, promotion de produits ...).

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