Nec fluctuat nec mergitur

samedi 31 mars 2007.par Alain Richard
 
Le Conseil de Paris montre la porte à Suez et Véolia ; pas une victoire éclaboussante, mais, entre deux eaux, une réelle avancée.

Confusion des genres : les groupes Suez et Véolia étaient tout à la fois distributeurs de l’eau à Paris et actionnaires (chacune pour 14% du capital) de la SEM ’Eau de Paris’ qui assure la production de l’eau potable distribuée à deux millions de Parisiens [1]. Depuis le 26 mars, c’est fini ; la capitale commence à faire le ménage dans les contrats avec les entreprises privées sur les marchés de l’eau et le Conseil de Paris a entériné le lundi 26 mars 2007 la substitution de Veolia et Suez par la Caisse des dépôts et consignations, au sein du capital de la SEM Eau de Paris. (Veolia et Suez demeurent titulaires des contrats pour la distribution de l’eau, qui viendront à échéance en 2009.)

Ironie de l’Histoire, cette décision intervient à quelques semaines du départ à la retraite de Jacques Chirac ; c’est lui qui avait fait entrer le loup dans la bergerie en 1985 (à l’époque , la Compagnie Générale des Eaux et la Lyonnaise des Eaux). A la veille du départ du président de la République, la municipalité gauche plurielle, qui lui avait ravi la capitale en 2001, met à la porte les deux gros fermiers de l’eau.

Pour autant, ça n’est pas encore le grand soir et pas mal d’eau passera sous les ponts avant le retour dans le giron public de tous les marchés de l’eau de Paris. Mais enfin, c’est déjà ça …

Pour Anne le Strat, responsable de la SEM Eau de Paris et conseillère Verte du XVIIIème arrondissement, ce jour sonne la récompense de quatre ans de combat acharné pour reprendre le contrôle public d’un dispositif qui faisait la part trop belle aux opérateurs privés.

Pour Myriam Constantin, maire déléguée (PS) de Paris en charge de l’eau et de l’assainissement, "l’important est que la puissance publique puisse se doter d’une véritable maîtrise des missions effectuées en son nom ", ce qui n’exclut pas l’intervention d’opérateurs privés dans le cadre d’une délégation.

On pourra se référer à deux articles du site ’Les eaux glacées’ sur le sujet : l’un, daté du 22 mars, retrace les événements et les conflits d’intérêts qui jalonnent cette saga parisienne de l’eau depuis 1985, et comment la gauche plurielle s’est saisi de ce dossier depuis 2001 ; l’autre rend compte de la séance du Conseil de Paris le 26 mars. [2]

« Au terme des innombrables audits que la Ville multiplie en douce dans la perspective de la fin, en 2009, des contrats de distribution actuellement échus à Veolia et Suez, l’actuelle majorité plurielle, qui va fortement être impactée par ailleurs par les toutes proches présidentielles et législatives, va-t-elle tenter un autre « grand chelem » ? Bouter dehors une bonne fois pour toutes Veolia et Suez ? » s’interroge Marc Laimé, auteur du site.

En ces périodes électorales présentes ou très rapidement à venir, il n’est pas impossible également qu’une part de démocratie participative s’invite à la table des débats et que, ici ou là, à Paris ou à la campagne, les détracteurs des "Trois sœurs de l’eau" (Suez, Véolia et la Saur) soient de plus en plus nombreux et fassent entendre leur voix à l’occasion des municipales. [3]

[1] Situation ubuesque (mais n’est-ce pas la loi dans le domaine de la production et de la distribution de l’eau ?) : « . Veolia et Suez étaient actionnaires de la SEM détenue majoritairement par la ville de Paris, qui produit l’eau qui sera distribuée aux parisiens. Ladite SEM revendait ensuite cette eau aux mêmes Veolia et Suez, titulaires d’un contrat de distribution avec la Ville. Dans le genre mélange des genres et conflits d’intérêts à tous les étages, un cas chimiquement pur. Ca fait 22 ans que ça dure » (source Les eaux glacées)

[2] Autre ironie de l’Histoire, Anne Le Strat, actrice de cette victoire, pourrait ne pas figurer sur les listes municipales de 2008 : « Avec leur art consommé de se tirer des balles dans le pied, les Verts parisiens avaient la veille même de la réunion du Conseil de Paris, qui a vu la victoire de la pédégère d’Eau de Paris sur Veolia et Suez, éliminé le courant de cette dernière de la liste des Verts qui concourera aux municipales de 2008 ! » (source Les eaux glacées)

[3] Dès le lendemain de la réunion du Conseil de Paris, le Collectif pour la remunicipalisation de l’eau à Paris dénonçait qu’en 1997 la Ville ait confié à une entreprise privée, Chateaud’eau, la gestion de son stock de secours. (source ACME)

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