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Ce documentaire collectif ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit ; il se contente, avec brio, de poser des questions et d’inciter à la réflexion. A ceux qui disent il faut travailler plus, il répond simplement "travailler pourquoi (pour quoi) ?"

Après avoir réalisé ensemble "Attention, danger travail", où ils s’intéressaient à des cas individuels de désertion du marché du travail, Pierre Carles, Stéphane Goxe et Christophe Coello se penchent dans Volem rien foutre al païs sur des expériences collectives d’émancipation du salariat et de remise en cause de l’hyperconsommation et du capitalisme débridé.
Le film dresse le portrait de déserteurs de la guerre économique, de réfractaires (pensant et agissant) à l’hécatombe sociale, écolos et grands adeptes de la décroissance. Et si le salut ne passait pas obligatoirement par le travail ? Les acteurs du film sont à la recherche de nouvelles armes pour s’attaquer à un monde qui nous maltraite si durement. "C’est la marchandise ou nous" dit l’un d’eux.
Et ça n’est pas triste ! Un aspect réjouissant du film (qui revendique une certaine parenté avec l’an 01 de Gébé) réside dans son esthétique volontairement brouillon, iconoclaste, inventive. Il ne s’agit pas d’un documentaire démonstratif, déroulant le fil d’une thèse. Dans Volem rien foutre, ça passe du coq à l’âne, chaque question incitant à la réflexion.
Les témoignage des militants de la paresse et des insoumis au travail sont entrecoupés de documents d’archives. Ça commence très fort par une interview de Pompidou en 1967 qui nous met dans le bain : « le libéralisme, c’est le "risque permanent", une concurrence féroce, un marché du travail hostile, … ». Plus loin, c’est un discours de Sarkozy qui dit qu’il faut travailler plus. Le film se termine en apothéose par un piège tendu par Pierre Carles à Michèle Alliot-Marie, dans un sketch que n’aurait pas renié Michael Moore, sur la question de savoir si l’armée, qui a vocation à défendre l’économie du pays, interviendrait contre des Rmistes « Etant donné que dans la région, beaucoup de personnes vivent avec le RMI, cultivent leur terrain et ne sont plus connectés à EDF, est-ce que vous envisageriez d’employer l’armée contre ces personnes là ? » La tête et la réponse de MAM : désopilant !
Une autre vie est pensable ; c’est déjà pas mal. Film stimulant à ne pas manquer.