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Les cinq "reprises" ont été publiées précédemment dans des journaux ou sont des participations à des débats. Il est bien d’avoir grâce à ce livre cinq textes d’Edgar Morin recouvrant vingt-cinq ans de sa pensée et centrés sur l’écologie.
Le premier donne son titre au livre et a été publié dans le Nouvel observateur en 1972. C’est l’occasion de se rappeler qu’avec Morin c’est toujours très dense, dès le début : "Le mot “écologie” renvoie à ce que recouvraient déjà les mots bien connus de milieu, d’environnement, de nature (...). Ces trois notions oublient le caractère le plus intéressant du milieu, de l’environnement, de la nature : leur caractère auto-organisé et organisationnel." Il faut donc plutôt parler d’écosystème, dans lequel vivent les humains : le développement économique, la "croissance", doivent donc être contrôlés pour ne pas le mettre en péril. L’homme dispose d’une situation spécifique [1], totalement intégré dans le milieu naturel mais aussi distant, du fait de sa conscience.
Edgar Morin développe aussi la notion de "conscience planétaire" : non seulement la planète comme écosystème, mais aussi un monde d’humains interdépendants, en économie comme en situation de guerres [2]. Ces idées sont appliquées au domaine de l’énergie, dans un texte pour le débat national "Energies 2003". Le problème énergétique en France est vu depuis un contexte mondial et doit intégrer la force de la dimension européenne : "l’interdépendance assure l’indépendance commune". E. Morin devient très concret : ressources énergétiques, transports, habitat, "revitalisation des campagnes", santé publique...
Le livre contient également une version longue d’un entretien entre E. Morin et Nicolas Hulot, dont "Philosophie magazine" a publié une version raccourcie en février de cette année. On y apprend que très jeune E. Morin a été sensible aux Rêveries de Rousseau et qu’enfant Nicolas Hulot éprouvait beaucoup de plaisir à voir son père réaliser des greffes de rosiers. Plus globalement, on peut reprendre les termes employés dans l’introduction à ce dialogue par Nicolas Truong, conseil de la rédaction du magazine : "Les uns y liront un nouvel avatar de la morale des bons sentiments ; les autres un moyen de résister à la déshumanisation planétaire". On peut aussi constater que l’un comme l’autre montrent une culture et une réflexion qui ne les limitent aucunement aux "bons sentiments", même si leurs propos traduisent parfois ce qui pourrait ressembler à une certaine crédulité [3].
Le livre se clôt par un texte inédit d’Edgar Morin : "Les trois principes d’espérance dans la désespérance", qui illustre bien ce qui est décrit dans la note précédente. Il faut donc prendre ce livre pour ce qu’il est : une étape dans la prise de conscience collective de l’urgence écologique. C’est bien sûr déjà immense et par ce livre nous avons vingt-cinq ans d’expression d’un des penseurs les plus utiles à comprendre notre époque et ses défis (les trois principes d’espérance résident dans l’improbable, les potentialités humaines encore non actualisées [4] et les possibilités de métamorphoses).
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Edgar Morin : L’an I de l’ère écologique : et dialogue avec Nicolas Hulot, Paris, Tallandier, coll. Histoires d’aujourd’hui, 127 p. 2007
[1] qui ouvre à la complexité
[2] "les guerres de l’ère planétaire sont des guerres intestines"
[3] on peut quand même aussi regretter le style presque harceleur d’Edgar Morin : ne pas prendre assez le temps d’expliciter et faire ployer le lecteur sous un déluge de grandes déclarations
[4] tiens ! Ce ne serait pas un retour de scientisme ? Le cerveau humain et ses ressources comme - potentielles - réponses aux problèmes