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En page 36 du numéro 512 de Marianne (10-16 février 2007), Jean-Claude Jaillette raconte l’affaire.
« La société Brioviande, dirigé par Francis Le Pottier, affilié au groupement des Fermiers d’Argoat, envoyait tous les six mois environ 150 porcelets aux éleveurs avec lesquels elle était liée par contrat d’intégration. Elle s’engageait à fournir l’alimentation, les soins vétérinaires, et surtout à racheter les porcs parvenus à maturité. Le tout garanti Label rouge. »
Mais le beau montage s’est grippé du fait du nombre élevé de porcelets maladifs. Aux premières remarques remontant de certains éleveurs qui évoquent une surmortalité, la société répond par le mépris.
Vient ensuite le temps des antibiotiques massivement livrés par Brioviande, sans contrôle vétérinaire. Jusqu’en 2004, perdure ainsi un fonctionnement anormal, d’autant plus "limite" qu’il concerne un produit théoriquement labellisé par le groupement des « Fermiers d’Argoat ».
Comme l’explique René Louail, l’un des éleveurs ayant porté plainte : « chacun son rôle. Le technicien doit être technicien, le vétérinaire doit être vétérinaire. Il ne fait pas qu’il y ait interférence. Et il faut surtout que la direction du groupement soit indépendante. Elle est là pour vérifier ce qui se fait en amont et en aval de la production, et donc il ne faut pas qu’elle soit sous les ordres d’un opérateur industriel comme c’est le cas » (source).
« Résumons, » écrit Jean-Claude Jaillette. « Durant cinq ans, Brioviande a produit des porcs certifiés << Label rouge >>, donc à un prix supérieur d’au moins 30 % du tout-venant, dans des conditions d’élevage intensif que combattent les pourfendeurs de la malbouffe. Pis, les conditions de vie de ces animaux étaient telles qu’un virus dont ils étaient porteurs, le PVC2, est devenu pathogène. »
Comment de telles pratiques ont-elles pu se développer sans que l’organisme accordant le Label rouge y trouve quelque chose à redire, pourra-t-on se demander ? L’auteur suggère que le fait que Francis Le Pottier était membre du CA et trésorier de l’organisme certificateur, doit y être pour quelque chose.
Ces anomalies ont cessé en 2004 quand la société Brioviande a été reprise par la Coopérative du Gouessant. Depuis, le groupement a aussi pris ses distances. « Les dérapages présumés du PDG de la société Brioviande, ne doivent pas entacher la réputation des Fermiers d’Argoat et du porc Label Rouge, » a tenu à préciser Josiane Guyader, présidente du groupement lors des perquisitions récentes (source).
Mais l’instruction en cours, et le procès qui suivra probablement, seront l’occasion de rappeler que sans de bonnes règles, bien appliquées, tous les dérapages sont possibles.
Comme l’explique, dans un communiqué du 18/01/07, la Confédération Paysanne qui s’est portée partie civile, « Les pratiques du PDG de Brioviande révèlent d’une part, que l’intégration en agriculture, y compris pour des productions sous signes de qualité, met l’éleveur dans une situation de dépendance complète vis-à-vis de son intégrateur ; d’autre part, les rôles et missions des groupements qualités doivent être clairement redéfinis, pour éviter toute confusion d’intérêts entre ces derniers et les sociétés commerciales ou coopératives avec lesquelles elles peuvent contracter pour écouler leur production. »