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La croissance économique mondiale, effective, n’a qu’une faible incidence sur la misère et ne sait pas réduire le chômage à l’échelle de la planète. [1] C’est ce qu’indique le Bureau International du Travail (BIT) dans son Rapport annuel sur Les tendances mondiales de l’emploi en 2007, publié le 25 janvier.
« Dix ans de forte croissance n’ont eu qu’un léger impact - et dans une petite poignée de pays seulement - sur le nombre de travailleurs qui vivent dans la misère avec leur famille. Qui plus est, la croissance n’a pas non plus fait baisser le chômage, a déclaré le Directeur général du BIT Juan Somavia. Et quand bien même cette forte croissance devait perdurer en 2007, de sérieuses inquiétudes demeurent quant aux perspectives de création d’emplois décents et de réduction du nombre de travailleurs pauvres. »
Le rapport ajoute « Au-delà des disparités, les régions ont des défis majeurs en commun ; les jeunes ont plus de difficultés sur les marchés du travail que les adultes ; les femmes n’ont pas accès aux mêmes possibilités que les hommes ; le manque de travail décent reste généralisé. »
Le rapport du BIT relève également qu’ « au cours de la dernière décennie, la croissance économique s’est traduite par plus de gains de productivité, que de croissance de l’emploi : la productivité mondiale a crû de 26 pour cent, alors que le nombre d’emplois dans le monde n’a lui augmenté que de 16,6 pour cent. »
Nous pouvons pour notre part émettre l’hypothèse que les critères du BIT demeurent, hélas, largement en dessous de la réalité. On peut imaginer que chaque pays prend quelques libertés avec la comptabilité de ses chômeurs pour embellir des résultats honteux ... C’est le cas chez nous et rien ne dit qu’il en est autrement ailleurs.
En ce qui concerne les préconisations, le rapport du BIT établit que « pour réduire, ou même maintenir, les taux de chômage actuels, il faut renforcer le lien entre croissance et emploi. La création d’emplois décents et productifs - et non pas un quelconque emploi - est nécessaire pour réduire le nombre de chômeurs et de travailleurs pauvres. Et cette réduction est elle-même une condition préalable au développement et à la croissance économique futurs. ». Il indique « Un consensus existe autour du travail décent comme seul moyen durable pour réduire la pauvreté. C’est la raison pour laquelle l’objectif de ’plein emploi productif et de travail décent’ sera intégré aux Objectifs du Millénaire pour le Développement en 2007 ».
Vœu pieux. Qui ne sera suivi d’effet que lorsque sera posée la question de la répartition de la croissance et de la richesse produite. Ce qui suppose une remise en question du libéralisme économique (voir notre précédent article sur ce sujet), remise en question pour laquelle le BIT ne milite pas précisément.
[1] La tendance depuis dix ans, qui se dégage des précédents rapports et qui s’est confirmée en 2006, veut que la croissance n’ait pas bénéficié aux chômeurs. Malgré une progression du produit intérieur brut (PIB) mondial estimée à 4,9 %, le taux de chômage est resté quasiment inchangé par rapport à 2005, à 6,3 % (195,2 millions de demandeurs d’emplois à travers le monde). (source Le Monde)