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Aujourd’hui, vendredi 12 janvier, sept membres du "collectif des déboulonneurs" ont comparu devant le tribunal correctionnel de Paris, suite à leur interpellation le 28 octobre 2006, alors qu’ils inscrivaient des slogans anti-publicitaires sur des panneaux d’affichage de la société Clear Channel installés devant la gare d’Austerlitz à Paris.
Ce "collectif des déboulonneurs" s’est formé en 2005 autour de l’association RAP (Résistance à l’agression publicitaire) et de militants anti-pub qui ont participé à des opérations de barbouillage d’affiches dans le métro en 2003 et 2004. Les déboulonneurs opèrent depuis novembre 2005 à visage découverts et inscrivent des slogans anti-pub sur des panneaux d’affichage. Leur revendication : qu’un débat s’ouvre sur la place de la publicité dans l’espace public. Ces actions sont relayées dans un certain nombre de villes françaises. C’est à Montpellier qu’a eu lieu en juillet 2006 le premier procès de deux membres de ce collectif. Jugés pour dégradation de panneaux publicitaires, ils avaient écopé d’une peine symbolique de 200 euros d’amende avec sursis. (source Le Monde)
Ce matin à Paris, les sept membres du collectif poursuivis encouraient jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. Le procureur de la République de Paris a requis 500 euros d’amende avec sursis contre chacun. Le jugement a été mis en délibéré au 23 février. (voir, par exemple, Libération)
A travers leurs actions les "déboulonneurs" ont un but : une refonte de la loi du 29 décembre 1979 sur la publicité, qu’ils jugent inopérante pour protéger le citoyen des assauts publicitaires permanents. Ils revendiquent notamment la limitation des affiches publicitaires au format 50 X 70 cm, soit la taille de l’affichage associatif.
La procédure judiciaire en cours à Paris a suscité le soutien de l’association Paysages de France qui a également en ligne de mire les afficheurs et milite pour le respect du code de l’environnement qui limite l’installation de panneaux, d’enseignes et de préenseignes. Depuis deux ans Paysages de France a multiplié les plaintes auprès de procureurs de la République et saisi les tribunaux administratifs ; l’association a obtenu dix-huit fois la condamnation de l’Etat.
De même, Les Verts sont solidaires du collectif des déboulonneurs et demandent à ce que leur action ouvre une vraie réflexion, un débat public sur le rôle de la publicité dans notre société afin de protéger bien plus efficacement notre environnement et notre planète. « Pénaliser les barbouillages publicitaires, c’est pénaliser l’écologie et la démocratie » soulignent-ils aujourd’hui dans un communiqué qui précise : « Faut-il rappeler qu’environ un tiers des panneaux publicitaires sont en infraction avec le Code de l’Environnement ? Qui s’en préoccupe ? » Ainsi, le combat des déboulonneurs est celui d’une désobéissance civile pour faire respecter le jeu démocratique, faute d’autres moyens pour se faire entendre et ouvrir des débats citoyens.
Car, au delà des aspects environnementaux immédiats, la publicité joue un rôle majeur dans la course vers l’impasse du "toujours plus" d’une société de plus en plus marchande. Les "déboulonneurs" font figure de poil à gratter de la société de consommation et savent particulièrement bien porter le débat sur la place publique.
Parallèlement à leur combat, il est un autre type d’action citoyenne visant le même objectif ; il s’agit de s’investir localement pour que soit établis, modifiés, ou tout simplement respectés, les Règlements Locaux de Publicité (RLP).
En effet, outre le Code de l’environnement et la loi du 29 décembre 79, il est possible d’adapter la réglementation nationale au contexte local par l’instauration d’un Règlement Local de Publicité (RLP) [1], à l’initiative du maire de chaque commune, qui peut ainsi établir des règles plus restrictives que la réglementation nationale et protéger certains secteurs où la publicité est très prégnante. Ces Règlements locaux de publicité existent généralement, mais restent souvent lettre morte faute d’une réelle volonté de les faire appliquer. Dans d’autres communes, ils sont actuellement en cours d’élaboration. Généralement les municipalités n’en font pas grande ... publicité.
En même temps pousse au crime et anesthésiant, la publicité est avant tout le porte-étendard d’une organisation libérale de la société. Le simple respect des réglementations existantes constituerait déjà une sérieuse avancée vers une société moins tournée vers la seule consommation et porteuse de respect de l’environnement, de non-violence, de respect de la personne, d’intérêt collectif, d’autonomie, ...
[1] voir une publication du ministère de l’écologie qui précise la réglementation locale de publicité.