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Un internaute anonyme et solitaire vient de publier dans son blog Top-Débats.info une "approche de la réalité du chômage et de la précarité" en croisant les sources officielles publiques (Dares, Assédic, Cnaf, Cnasea, Insee, ANPE, ...). [1]
Dans ce document, l’auteur fait une photographie à différents mois de l’année 2006 des "contingents" recensés ici ou là et se livre à une édifiante addition.
Ainsi, en septembre 2006, il y a 2 172 300 demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE dans la catégorie 1, qui constituent le chiffre officiel du chômage. Auxquels il faut rajouter les autres catégories (2 à 8, exceptions faites des catégories 4 et 5 que l’on retrouvera plus tard) pour arriver au chiffre de 3 505 400 personnes inscrites à l’ANPE, en recherche d’emploi.
L’auteur comptabilise ensuite 234 599 radiations de l’ANPE durant ce mois de septembre (administratives, pour absence à contrôle ou autres motifs), puis les 46 378 "sorties pour envoi en stage", et enfin les 411 840 personnes "dispensées de recherche d’emploi - mais indemnisées" (au titre de régimes assurances chômages spécifiques). Nous sommes déjà à 4 198 217 personnes relevant de la seule ANPE.
Viennent ensuite les contrats précaires (Revenu minimum d’activité, Contrat d’avenir, Contrat initiative emploi, Contrat d’accès à l’emploi, Civis pour les jeunes, ...) qui , ajoutés aux 1 247 661 bénéficiaires du RMI, chiffrent la précarité à 1 743 771 personnes. [2]
D’après Top-Débats.info, le total ’chômage + précarité’ nous amène, pour le mois de septembre 2006, à 5 941 988, uniquement en métropole. Près de 6 Millions de personnes, 22% de la population active ! [3]
Les ’travailleurs pauvres’ doivent également être pris en compte, tant on voit bien actuellement que leur situation est, souvent, également dramatique. L’auteur de Top-Débats.info fait état de l’augmentation sensible du nombre de smicards entre le 1er juillet 2004 (2 360 000, hors emplois agricoles et intérim) et le 1er juillet 2006 (2 800 000) et estime aujourd’hui leur nombre, toutes activités économiques confondues, à 4 Millions de salariés « Quant aux smicards, toujours de plus en plus nombreux, ils vont bientôt devenir la norme ; ... et cela ne va pas s’arranger avec ces nouvelles lois qui suppriment les charges patronales sur les Smic. » précise-t-il.
Quelle que soit la véracité des chiffres avancés par les uns et les autres, chiffres élaborés parfois avec les moyens du bord mais toujours plausibles (et derrière lesquels se cachent des situations de personnes de chair et de sang, de souffrance et d’anxiété), il convient de bien mesurer que la précarité est en train de croître inexorablement dans notre pays. Et qu’on ne peut plus se satisfaire des discours lénifiants de la classe dirigeante. Il ne s’agit pas uniquement d’une bagarre de comptables. Certes, les chiffres précis du chômage, de la précarité et de ceux qui ne peuvent pas subvenir à leurs besoins élémentaires avec leur seul salaire doivent être rapidement établis et rendus transparents. Il conviendra ensuite de s’atteler à la tâche et de trouver les solutions (ou leurs ébauches) ad hoc.
Au passage, il se peut qu’un grand coup de pied dans la fourmilière ne soit pas inutile et que tout les bataclans de dispositifs, mesures d’accompagnement, contrats aidés, catégories de chômeurs, .... , méritent d’être reconsidérés, simplifiés, voire uniformisés ; on y gagnerait en lisibilité et, surtout, en efficacité dans la lutte contre l’exclusion. Qui, en effet, peut aujourd’hui prétendre avoir une vision juste et complète de la situation ? A mon avis, personne, tant chaque administration est actuellement rivée au petit bout de sa (toute) petite lorgnette personnelle.
En matière de chômage et de précarité, il est grand temps de rompre avec la politique de l’autruche. Bien sûr pour résoudre les situations dramatiques des personnes concernées, mais également parce que, derrière les chiffres, c’est de la crédibilité de notre système politique qu’il s’agit et de l’avenir de notre démocratie. Si nous ne sommes pas capables de voir notre réalité en face, nous ne saurons pas trouver les réponses humanistes aux problèmes qui s’imposent à nous. Nous laisserons alors le champ libre aux dictatures de tout poil, celles de l’argent ou celles populistes.
[1] Dans des précédents articles de Citron-Vert sur le sujet, nous appelions de nos vœux un tel travail de recoupement de données. Bien que sans doute imparfait, le document de Top-Débats.info nous semble suffisamment étayé et renseigné pour que nous le mentionnions.
[2] l’auteur fait par ailleurs valoir que les chiffres du RMI sont eux-mêmes faussés du fait que « lorsque 2 personnes au RMI vivent seules, elles comptent pour 2 RMIstes ; lorsqu’elles vivent ensemble, elles ne comptent plus que pour 1 RMIste (le second devenant un "ayant droit" du premier au même titre que les enfants) »
[3] Cette addition n’est sans doute pas parfaitement rigoureuse, le décompte des chiffres du chômage étant considéré mois par mois, celui des chiffres de la précarité par trimestre. Il se peut dès lors que certaines situations soient comptabilisées deux fois (ou inversement, d’autres peuvent être occultées). C’est ici l’ordre de grandeur qui doit être retenu. Néanmoins, c’est aux pouvoirs publics, avec les moyens décuplés qui sont les siens, qu’il appartient de reprendre de façon exhaustive et précise ce travail d’investigation et de transparence. On est aujourd’hui loin du compte pour ce qui est de la transparence : par volonté ou par ignorance ?