Une Voynet qui dérange

samedi 4 novembre 2006.par Philippe Ladame
 
Depuis 20 ans Les Verts crient "casse-cou" et parlent d’urgence écologique. Il est temps de dépasser le stade de la prise de conscience que représente l’action de Nicolas Hulot, notamment, estime Dominique Voynet.

A l’occasion de la journée internationale contre le réchauffement climatique, ce 4 novembre, les Verts du Pays de Lorient ont invité leurs concitoyens à venir voir, en compagnie de Dominique Voynet, "Une vérité qui dérange", film dans lequel le réalisateur, Davis Guggenheim, met en scène la conférence d’Al Gore sur le changement climatique, entrelacée de ses réflexions sur son parcours personnel.

Le film, s’il n’apporte pas de nouveau, livre une très bonne synthèse de l’état des observations et montre bien l’urgence et l’ampleur des conversions à opérer devant la gravité du danger.

Les Lorientais ont répondu à l’invitation matinale et la salle retenue était pleine. Le débat qui a prolongé la séance valait la peine, lui aussi.

Dominique Voynet n’a pas caché la difficulté. Ayant côtoyé dans des sommets internationaux l’ex vice-président des Etats-Unis [1] l’ancienne ministre de l’environnement se rappelle avoir pensé que la cause de l’écologie avait quelques chances d’être entendu alors.

Pourtant, force est de constater que ça n’a pas été le cas. Aujourd’hui, alors que le consensus est à peu près [2] général, la candidate des Verts dit que le temps n’est plus à la prise de conscience. Elle s’énerve de voir encore des "expérimentations" (timidement cautionnées par le gouvernement), des "campagnes d’éducation à l’environnement" (financées par des groupes industriels qui y trouvent bonne conscience), alors que l’heure est à des mesures réfléchies, fortes et convergentes, de ré-orientation des modes de consommation et de production, seules capables d’infléchir les courbes.

Elle dénonce, notamment, la fausse solution, en France, d’un recours massif aux bio-carburants. Elle s’impatiente de voir les vraies solutions, comme le développement des transports en commun en site propre, freinées par le manque de volonté politique.

Dans la salle, une intervenante témoigne des entraves mis au développement de l’éolien, un autre dit l’importance des choix individuels, notamment celui de la réduction de la part de viande dans l’alimentation, un autre encore s’inquiète du poids des lobbies.

Interpellée sur le manque d’union des écologistes, Dominique Voynet rectifie : certes il faut des lanceurs d’alerte. Nicolas Hulot le fait fort bien, aidé par le capital de sympathie que lui valent ses excellentes émissions. Mais, au-delà de la prise de conscience, c’est un ensemble convergent de décisions publiques, d’engagements collectifs et d’efforts individuels qu’il nous faut maintenant.

Une telle politique requiert un programme, une volonté de traduire des intentions en actes, des choix parfois difficiles et contraignants. Ici, il n’est plus question seulement d’intuitions généreuses, mais de projets parfois laborieux à monter, de compromis à trouver, d’une démarche collective à mettre en oeuvre.

Pascale Loget, vice-présidente Verte du conseil régional Bretagne, en a donné quelques exemples, notamment autour de la démarche d’Agenda 21 qu’elle a la responsabilité de conduire. Dominique Voynet concluait la matinée en exprimant l’espoir que le débat politique se centre enfin sur ces questions vitales, plutôt que sur les sempiternelles questions de personnes dont les médias sont friands.

[1] Avant d’échouer de peu face à George W. Bush, Al Gore a été le vice-président de Bill Clinton.

[2] Voir la polémique Allègre.

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