Diviser par 4 ses émissions à effet de serre : c’est possible

mardi 10 octobre 2006.par Gilles Pradeau
 
Pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C, il faudra limiter à 450 ppm la concentration atmosphérique de CO2. Dans le cadre de l’actualisation du Plan Climat 2004, un nouveau rapport vient de paraître sur les mesures à prendre.

Un rapport du groupe d’experts sur la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre (GES) rendu public hier permet de recadrer le débat en faisant le point sur les différents secteurs touchés et sur les expériences européennes de politique publique dans ce domaine (taxation,...). La France doit ainsi passer de 140 millions de tonnes de GES à 38 millions et on est loin des mesurettes du gouvernement actuel.

La dernière mesurette est le refus d’un livret Climat spécifique, proposé à l’unanimité par les banques et les ONG. A cause du blocage de Bercy, "le financement de la lutte contre le changement climatique attendra", avaient déclaré les Amis de la terre. "Avec un Livret Climat spécifique, l’ADEME avait chiffré le potentiel d’épargne collectée après trois ans à 10 milliards d’euros." A la place, un CODEVI verdi, ce qui rend furieux Sébastien Godinot des Amis de la Terre : « Comment le gouvernement peut-il se satisfaire du médiocre quand il y a unanimité sur un produit ambitieux ? Le verdissement du Codevi est plus complexe, plus coûteux, rend le suivi de la mesure presque impossible, et adieu la sensibilisation du public sur le climat et le bâtiment. »

Le Groupe « Facteur 4 » est arrivé à un consensus pour une politique pour 2050 sur trois axes :
- la mise en œuvre rapide de politiques et mesures qui permettront d’asseoir les « incontournables », de façon progressive et acceptable
- un investissement massif dans la R&D, indispensable pour atteindre les « ruptures » technologiques et, pour la France, d’en obtenir une maîtrise commerciale, le moment venu
- l’incitation à la mise en œuvre rapide des résultats de cette R&D, par exemple par la création d’infrastructures, l’intégration dans des politiques publiques, etc.

Le rapport pointe notamment que l’énergie nucléaire en Europe représente 2 % dans le monde, 17 % en France, ce qui est donc périphérique pour un plan climat.

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(Source : Rapport Facteur 4)

Un enseignement immédiat qui peut être tiré des scénarios examinés est la mise en évidence, en s’inspirant d’une classification proposée dans le rapport Facteur 4 de la MIES par Pierre Radanne, des "interdits", des "incontournables" et des "besoins de rupture technologique" :

a) Des « interdits » :
- différer la mise en place d’infrastructures compatibles avec les fortes économies d’énergie à réaliser, notamment dans le bâtiment et les transports
- consommer de façon importante des énergies fossiles à des fins thermiques
- consommer de façon importante des énergies fossiles pour produire de l’électricité, sauf si cette production est couplée avec du captage et stockage géologique du CO2 (CSC) et si celui-ci a été considéré comme acceptable du point de vue environnemental
- maintenir la prépondérance du pétrole dans les transports.

b) Des « incontournables » :
- accroître l’efficacité énergétique dans tous les secteurs, et particulièrement dans l’habitat existant : "le coût total de travaux de rénovation d’un logement peut être du même ordre de grandeur au niveau de l’investissement initial que l’acquisition d’une voiture"
- économiser l’électricité en usage « de pointe »
- modifier structurellement les comportements et les infrastructures dans les transports.

- transformer l’offre, en ayant un recours privilégié aux technologies non émettrices de gaz à effet de serre, à venir ou déjà disponibles, telles que les énergies renouvelables et le nucléaire

c) Trois opportunités, basées sur des évolutions ou « ruptures » technologiques qui pourraient s’avérer indispensables si l’application des 2 premiers principes ne suffisait pas :
- développement de technologies TBE (« très basses émissions ») pour la consommation d’énergie dans toutes les activités humaines
- stockage de l’électricité et/ou développement des usages de l’hydrogène
- captage et stockage géologique du CO2

Les travaux du groupe de travail sur la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre de la France, à l’horizon 2050, dit "facteur 4"

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