Orties : jusqu’où pousser Mémé ?

samedi 9 septembre 2006.par Philippe Ladame
 
Où finit la nécessaire protection réglementaire et où commence l’entrave liberticide ? L’exemple du purin d’ortie.

En septembre 2002, selon Univers-Nature, un directeur départemental de la répression des fraudes du Maine-et-Loire mettait la vente de purin d’orties, en France, hors-la-loi.

Le purin d’orties, volontiers utilisé en culture raisonnée et en agriculture biologique, se voyait commercialement banni, car, il ne correspond à aucune des normes de commercialisation en vigueur. En effet, les extraits végétaux de ce genre, reconnus depuis des générations pour leur efficacité et leur respect de l’environnement, ne sont pas homologués : « ils n’ont pas subi les tests et contrôles que l’on impose aux produits dits ’tête de mort’ (pesticides et autres fongicides) pour être commercialisés, » expliquait, fin 2002, Univers-Nature qui annonçait la publication d’un livre (“Purin d’ortie & Cie”) sur le sujet.

On peut regretter cet état de fait et souhaiter, comme Univers-Nature, une « homologation conforme à la nature de ces produits, ni engrais, ni phytosanitaires, mais biostimulants. » Mais, il y a quelque chose de rassurant à savoir que les produits mis sur les rayons sont dûment contrôlés.

Et puis, après tout, tant pis, on préparera soi-même le bienfaisant purin, par exemple en suivant les indications du livre sus-cité de Eric Petiot et Bernard Bertrand.

Et bien non !
Voilà qu’on apprend que, le 31 août 2006, Eric Petiot, a reçu la visite de 2 inspecteurs, un de la Direction Nationale des Enquêtes de Concurrence, de Consommation et de Répression des Fraudes (DNECCRF), et un autre du Service Régional de la Protection des Végétaux (SRPV).

Toujours selon Univers-Nature, au cours de l’inspection (de 10h à 16h), plusieurs documents ont été saisis (papier et numérique) notamment des documents se rapportant à des stages et des cours que le co-auteur de “Purin d’ortie & Cie” anime.

A M. Petiot qui faisait remarquer que, conformément à la législation, il ne vendait aucun produit, et se contentait d’expliquer le processus de fabrication et d’application, les inspecteurs auraient fait remarquer (selon le Procès Verbal), qu’en l’absence d’homologation il ne devait pas faire mention, dans ses cours et stages, de quelconques propriétés fongicides, insecticides, acaricides des préparations et procédés exposés...

Il s’agit là, vraisemblablement, d’une conséquence de l’article L. 253-7 sur la loi d’orientation agricole n° 2006-11, du 5 janvier 2006, qui institue que « Toute publicité commerciale et toute recommandation pour les produits définis à l’article L. 253-1 ne peuvent porter que sur des produits bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché et sur les conditions d’emploi fixées dans ces autorisations. »

Sur son site, l’association Kokopelli s’alarme : « Est ce que tout cela veut dire que tout jardinier qui utilise ou donne ou conseille, par exemple, du purin d’ortie (non homologuable par les services de l’Etat) est passible de deux années de prison et de 75 000 euros d’amende ? »

Bonne question, n’est-il pas ?

IMPRIMER


Dernières brèves