Quelle place pour Jean Paul II à Paris ?

lundi 4 septembre 2006.par Gilles Pradeau
 
Pape contesté de son vivant sur ses positions sur les moeurs, Jean Paul II était-il réactionnaire ? Delanoë a décidé d’outrepasser ce débat et d’offrir le parvis de Notre-Dame de Paris en l’honneur de ce pape.

Un problème pour la laïcité ? Un manque de respect pour le travail des missions catholiques qui transgressent la position du Vatican en faisant de la prévention, capotes à l’appui ? Un coup de couteau dans le dos des catholiques progressistes qui ne se reconnaissaient pas dans Jean Paul II et qui ne se reconnaissent pas plus dans Benoit XVI sur les positions sur l’IVG, le divorce ou l’homosexualité (sans parler de la place des femmes dans l’Eglise) ?

Delanoë, le maire de Paris a décidé à la va-vite, en moins d’un an, d’octroyer au parvis de Notre-Dame de Paris le nom du dernier pontife. Normalement, on attend 5 ans après le décès de la personne pour lui réserver cet honneur, mais voilà, les honneurs n’attendent pas quand des élections approchent et qu’on se fait de graves soucis pour sa réelection. Le maire est prêt à bouffer à tous les râteliers, être célèbré à la Gaypride en juin, pour quelques mois après donner sa bénédiction à la ferveur des catholiques de Paris pour une place historique.

Une mesure électoraliste ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la décision de Delanoë a été très rapide : décidée au Conseil de Paris en juin, grâce à l’UDF, l’UMP et une partie du PS (quelques uns ont étrangement préféré s’absenter), seulement 3 mois après, l’inauguration a lieu. Certaines rues attendent pourtant depuis 2 ans leur inauguration...

L’ensemble de la gauche municipale (Les Verts, le PCF, le PRG et le MRC) a voté contre en vain. Il est sûr qu’on entendra parler à la rentrée d’une majorité divisée, à cause des Verts "capricieux" quand ils veulent simplement faire respecter les engagements de campagne (les fameux "contrats de mandature")... Mais comme on le sait depuis une vingtaine d’années, on sait ce qu’il advient des programmes du PS une fois l’élection passée...

3 000 fidèles ont été présents devant la cathédrale, les prêtres parisiens ont effet mis les moyens pour recruter aux dernières messes. Toutes les communautés catholiques parisiennes été présentes, comme beaucoup du clergé parisien, pour voir une pauvre plaque dévoilée par Delanoé. Est-ce que ce dernier s’est attendu à ce que tout le monde l’accueille en chantant Alléluia ? Ou bien à se faire poignarder une nouvelle fois par un homophobe ? La sécurité a été en tout cas très importante et une soixantaine d’interpellations préventives ont eu lieu.

Il est tout de même étrange d’avoir choisi d’honorer un pape pour le moins contesté à l’intérieur de son clergé par les progressistes. Il a lutté âprement contre les théologiens de la Libération en Amérique Latine, excommunié aussi certains prêtres (on se souvient en France du sort réservé à Mgr Gaillot). Si Delanoë ne cesse de clamer au Conseil de Paris qu’il n’est pas "sectaire", il va même jusqu’à honorer ceux qui ne sont pas ouverts au dialogue et qui lui cracheraient dessus en raison de sa sexualité.

Pour le sexe, Jean-Paul II a prôné comme seul moyen de prévention l’abstinence. En délaissant l’esprit de responsabilité qui l’avait animé concernant la Shoah, il a pris une position au mépris de la prévention pour stopper une épidémie qui a fait jusqu’à présent 25 millions de morts. Dont combien attribuables au sabotage des opérations de prévention par le Vatican ?

"De la même façon que l’Eglise vient de demander pardon aux Noirs et aux Indiens à l’occasion des cinq cents ans de la découverte du Brésil, elle va bientôt être obligée de s’excuser pour les erreurs qu’elle commet à propos du sida ", déclarait il y a quelques années Valeriano Paitoni, curé d’Imirim, une paroisse pauvre du nord de Sao Paulo.

Act Up, les Verts, la Brigade Activiste des Clowns avaient donc décidé de se rassembler à midi pour protester contre cette place : elle a été renommée par des élus verts Place des Morts du SIDA. Ont suivi une courte manifestation qui a tourné autour du parvis, achevée par un die-in. Un important dispositif de sécurité avait été mis en place pour empêcher des interruptions de cet hommage. Visiblement les détracteurs effrayaient plutôt Delanoë.

L’auteur de ces lignes s’est fait fouillé en passant seul à proximité du parvis Notre-Dame à 15h30, sans y avoir pénétré : arrêté puis envoyé pour un contrôle d’identité à la Goutte d’Or en raison d’un nez de clown dans sa poche et des petits tracts "Votez Delanoë" dans une autre. Motif : trouble à l’ordre public. Quelle misère que les libertés publiques en France...

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