Surpopulation carcérale : l’Italie lâche vraiment du lest

jeudi 3 août 2006.par Gilles Pradeau
 
Pour lutter contre la surpopulation carcérale, le Parlement italien a adopté une loi, de remise des peines. Controversée, elle n’exclut pas la criminalité en col blanc, et ferait libérer un compère de Berlusconi.

La projet de loi prévoit une remise de peine de trois ans pour tous les délits commis avant mai 2006, à l’exception des actes liés au terrorisme, à la mafia, à la pédophilie ou aux violences sexuelles.

Le texte adopté par le Parlement ce week-end a provoqué des tensions dans la majorité de centre-gauche de Romano Prodi : comme le Parti des Communistes Italiens, l’ancien magistrat anticorruption Antonio Di Pietro, ex-juge vedette des opérations Mains Propres et chef du parti de l’Italie des valeurs, réclamait l’exclusion de la criminalité en col blanc de cette mesure de clémence.

Di Pietro s’est même mis en grève, manifestant devant le Parlement pour interpeller les députés : il refuse qu’une telle mesure puisse profiter à des "politiciens corrompus", comme Cesare Previti, le bras droit de Berlusconi, qui a écopé de 6 ans d’emprisonnement.

Le ministre de la justice Mastella a pourtant défendu la mesure comme un "geste noble de clémence", tout en la liant à la demande de Jean Paul II, qui avait demandé au Parlement à une très large amnistie en novembre 2002 pour désengorger les prisons.

Et les détenus commencent donc à sortir ; quelques centaines déjà à Rome. Certaines mairies ont pris des mesures pour accompagner les nouveaux ex-détenus dans leur réinsertion : à Rome, ce sont des kits qui ont été distribués avec tickets-restaurant, une carte de téléphone et des billets de transports en commun.

Mais ces mesures inquiètent davantage certains directeurs d’établissements pénitentiaires : "Il faut investir beaucoup plus dans les programmes de réinsertion pour que ceux qui retrouvent la liberté ne soient pas placés à nouveau dans une situation comme celle qui les a amenés à la criminalité", a averti la directrice de la prison San Vittore de Milan.

Selon les derniers chiffres officiels, plus de 62 000 personnes sont incarcérées en Italie, alors que la capacité théorique des prisons est de 42 000 places, donc à peu près les mêmes proportions que la France. La mesure pourrait concerner entre 20 et 25 000 personnes sur 62 000 dans les deux prochaines années.

On reste encore loin de la Californie avec ses 172 000 détenus pour 85 000 places pour seulement 36 millions d’habitants (en France, 60 000 détenus, mais 63 millions d’habitants), mais si la politique de Sarkozy-Clément continue durant encore 5 ans (sait-on jamais), on pourrait aller dans cette direction...

Pour en savoir plus sur la surpopulation carcérale :

- La campagne "Trop, c’est trop"

- Le dossier consacré à ce sujet par Ban public

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