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Discours à l’Université de Humboldt de Berlin (12 mai 2000)
Si face au défi incontournable de l’élargissement vers l’Est, l’alternative pour l’UE est donc soit l’érosion soit l’intégration, et si s’en tenir à une confédération d’États signifierait l’immobilisme avec tous les effets négatifs que cela comporte, l’Union européenne se trouvera confrontée à un moment ou à un autre dans les dix années à venir à un choix qui lui sera imposé par les circonstances et par les crises que ces circonstances auront déclenchées : ou bien la majorité des États membres tente le "saut dans la pleine intégration" et se met d’accord sur un traité constitutionnel européen portant création d’une Fédération européenne ou bien, dans le cas contraire, un petit groupe d’États membres constituera une avant-garde, c’est-à-dire un "centre de gravité" comprenant plusieurs États prêts et capables, en Européens profondément convaincus, de progresser sur la voie de l’intégration politique. La seule question sera alors de savoir quand le moment sera venu, qui fera partie de cette avant-garde et si ce centre de gravité se formera au sein ou en dehors des traités. En tout cas, une chose est sûre : sans une très étroite coopération franco-allemande, aucun projet européen ne pourra pas non plus réussir à l’avenir.
Compte tenu de la situation, on pourrait donc imaginer bien au-delà de la décennie prochaine le développement futur de l’Europe en deux ou trois étapes : Tout d’abord, le développement de la coopération renforcée entre les pays désireux de coopérer plus étroitement que d’autres, comme c’est d’ores et déjà le cas dans l’Union économique et monétaire et pour Schengen. Cet instrument nous permet d’avancer dans bien des domaines : le développement de la zone euro à onze vers une union politico-économique, la protection de l’environnement, la lutte contre la criminalité, le développement d’une politique commune en matière d’immigration et d’asile et bien sûr également en politique étrangère et de sécurité. Ce faisant, il est très important de ne pas concevoir la coopération renforcée comme un abandon de l’intégration.
La formation d’un centre de gravité pourrait constituer plus tard une étape intermédiaire sur la voie du parachèvement de l’intégration politique. Un tel groupe d’États conclurait un nouveau traité fondamental européen qui serait le noyau d’une constitution de la Fédération. Sur la base de ce traité fondamental, la Fédération se doterait de ses propres institutions, d’un gouvernement qui, au sein de l’UE, devrait parler d’une seule voix au nom des membres du groupe dans un nombre de questions aussi grand que possible, d’un parlement fort et d’un président directement élu. Un tel centre de gravité devrait être l’avant-garde, la locomotive du parachèvement de l’intégration politique et comprendre déjà tous les éléments de la future Fédération.
Discours devant le Bundestag (14 mars 2002)
Ceci dit, je tiens à le souligner encore une fois : dans la lutte contre le terrorisme, il sera nécessaire de conclure également des alliances avec des gouvernements dont le bilan en matière de droits de l’homme est tout sauf reluisant. Mais en ce qui concerne notre attitude comme Européens et Allemands, il doit être clair que les démocrates, les groupes de défense des droits de l’homme et les initiatives qui défendent les personnes privées de leurs droits et les opprimés, sur la base de la Charte des Nations Unies et des conventions internationales relatives aux droits de l’homme, qui veulent la liberté, y compris la liberté d’opinion et la liberté d’association et de réunion, qui veulent la justice et qui s’engagent en faveur des droits sociaux, auront toujours en nous un avocat incorruptible.
Ceci est d’autant plus valable depuis le 11 septembre. C’est pourquoi je dois réfuter ce que vous avez dit, Madame Leutheusser-Schnarrenberger. Je sais par expérience que dans tous les entretiens que le Chancelier fédéral et moi-même avons eus en Chine, les droits de l’homme, la situation des chrétiens et des dissidents dans les prisons en République populaire de Chine ainsi que la démocratisation ont toujours été des questions prioritaires.
Sur ce point, je ne peux que donner raison au collègue Geißler et lui confirmer que le gouvernement s’est acquitté de sa tâche. Dans ce gouvernement fédéral, dont je fais partie en tant que ministre des Affaires étrangères, les intérêts commerciaux ne passent certainement pas avant les droits de l’homme.
Celui qui comprend le 11 septembre comme une carte blanche pour exercer une plus grande répression doit être rappelé à l’ordre. Celui qui renonce à la liberté pour la sécurité finira par perdre l’une et l’autre.
Discours devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, à New York (19 mars 2003)
D’abord, le Conseil de sécurité n’a pas échoué. Nous devons réfuter ce mythe. Le Conseil de sécurité a rendu disponibles des instruments permettant de désarmer l’Iraq pacifiquement. Le Conseil de sécurité n’est pas responsable de ce qui se passe hors de l’Organisation des Nations Unies.
Deuxièmement, nous devons dire clairement que, dans les circonstances actuelles, la politique d’intervention militaire n’a aucune crédibilité. Elle n’a pas le soutien de nos peuples. Il n’y aurait pas eu besoin de faire beaucoup pour préserver l’unité du Conseil de sécurité. Il n’y a, dans la Charte des Nations Unies, aucune base cautionnant un changement de régime par des moyens militaires.
Pour en savoir plus :
Sur Citron-Vert : "Joschka Fischer, la retraite ou pas ?"