Joschka Fischer, la retraite ou pas ?

mardi 1er août 2006.par Gilles Pradeau
 
Comment un ancien chauffeur de taxi va enseigner la résolution des conflits à Princeton ? Retour sur le parcours de l’ancien ministre allemand des affaires étrangères, Joschka Fischer, un Vert comme un autre.

Une vie politique qui se termine ? "La porte est fermée ; j’ai jeté la clé." Joschka Fischer a pris congé de sa vie politique. Le leader vert, ministre des Affaires étrangères de 1998 à 2005 dans le gouvernement de Gerhard Schröder, avait affirmé fin juin qu’il quittait la vie politique.

Congrès des Verts 2005 (Wikipedia)

Les Verts allemands perdent leur plus célèbre député, et les Verts européens celui qui a eu jusqu’à présent la plus grande expérience diplomatique. Son successeur au Bundestag souligne : "Fisher est une légende vivante. Les Verts ne seraient pas où ils sont, sans lui." Figure des mouvement des années 70, au sein de la gauche radicale, il devient ami avec Dany Cohn-Bendit. Ce ministre de l’environnement d’un Länder qu’on a connu en baskets au Bundestag dans les années 80 après plusieurs petits boulots comme photographe ou chauffeur de taxi, deviendra en 1998 le chef de la diplomatie allemande.

Un exemple à suivre ?

Il participe à la fondation des Verts en 1982, avec notamment Otto Schily, l’un des avocats des terroristes de la bande Baader, qui deviendra quant à lui ministre de l’intérieur du gouvernement Schröder. Ces deux-là auront une influence décisive au début de la coalition rouge-verte : la suppression du droit du sang dans l’attribution de la nationalité allemande et l’engagement dans le maintien de la paix, avec l’envoi de soldats au Kosovo. Et pourtant le Kosovo, ça n’allait vraiment pas de soi avec un parti profondément pacifiste. En 2000, à l’université Humboldt de Berlin, M. Fischer appelle à la relance de l’Union européenne grâce à et à l’adoption d’une Constitution grâce à une avant-garde d’un Fédération européenne à venir. Après la chute des Taliban en Afghanistan, il aide à la reconstruction avec l’organisation de la conférence de Petersberg à la fin de l’année 2001. En 2003, on le devinait alors intéressé par le poste de ministre des affaires étrangères de l’UE. A la conférence sur la sécurité de Munich, il désapprouva l’intervention américaine en Irak en lançant à Donald Rumsfeld : ’I’m not convinced".

Après le départ de Schröder (qui prend la présidence du groupe Gazprom), c’est une bonne partie de la génération des soixante-huitards qui disparait de la scène politique. Grâce à eux, c’est tout le processus de normalisation de l’Allemagne qui a réussi pour enfin fermer la parenthèse de la génération de la guerre. Réussite totale ? Il reste encore la question de la réforme du Conseil de Sécurité, où l’Allemagne au sein du G4 (qui réunit aussi le Brésil, l’Inde et le Japon) réclame un poste de membre permanent.

C’est aussi la coalition rouge-verte qui est secouée, il déclarait déjà en 2005 : "Le chapitre rouge/vert, écrit par ma génération, est irrévocablement clos. Le chapitre suivant sera écrit par des plus jeunes, les moins de 40 ans."

Après certainement sa meilleure campagne à l’automne dernier, malgré sa réélection, il a préféré renoncer à 58 ans, à son mandat pour un poste de professeur que Princeton lui offrait. Au programme ? La diplomatie de crise internationale évidemment.

Une retraite définitive ?

Pourtant, le 20 juillet dernier, les Verts européens ont proposé que Joschka soit médiateur dans le conflit au Proche-Orient : c’était déjà grâce à lui qu’en 2004 un échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah avait pu se faire. Interrogé sur cette idée lui-même par l’hebdomadaire Die Zeit, Fischer évoque qu’"il faut faire tout ce qui est humainement possible pour limiter le conflit. Cela dit, après le bombardement de Haïfa, Israël n’acceptera pas un simple retour au statu quo au Liban". S’il reste estimé tant par Israël que par l’autorité palestinienne, dans cet entretien, il exprimait avant tout sa solidarité avec Israël : "Israël avait aussi quitté le Liban, mais le gouvernement libanais a négligé de désarmer le Hezbollah." Alors, un dernier tour dans l’arène des négociations ?

Pour en savoir plus :

- Sur Citron-Vert : "Joscka Fischer : les discours d’un Vert aux affaires étrangères"

- Une entretien avec les belges d’Etopia

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