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Le coup de boule final a quelque peu fait oublier que le mondial de football avait donné lieu, dans les mois qui l’ont précédé, à d’autres préoccupations.
Citron Vert avait d’ailleurs volontiers relayé l’inquiétude des organisations qui avaient voulu attirer l’attention du public et des autorités sur les risques accrus d’exploitation sexuelle à l’occasion de cet événement.
La prostitution est un problème grave, à la fois révélateur et composante du malaise sexuel de nos sociétés, dans lesquelles l’inégalité des genres induit des rapports de domination, parfois violents donc, là où devraient se tisser des relations interpersonnelles entre gens libres et égaux.
Fallait-il, pour que ce grave problème soit dit, forcer le trait et agiter des chiffres exagérés et des images simplistes ?
C’est semble-t-il ce qui est arrivé si l’on en croit le long article paru le 19/07/06 sur endehors.org. L’auteur, qui signe Libertad, retrace d’abord l’histoire du chiffre des 40.000. Spéculation sur le nombre de prostituées supplémentaires que pourrait occasionner le mondial, lancée à Brème en avril 2005, le chiffre s’est téléscopé avec une campagne allemande contre la prostitution forcée, pour devenir, dans la pétition de la CATW « 40 000 femmes « importées » d’Europe Centrale et d’Europe de l’Est » (source).
L’auteur revient aussi sur les « cabanes du sexe » évoquées elles aussi dans la pétition. « C’est à Cologne en 2002 que ce système dit modèle « Utrechter »** a été introduit. Qu’en est-il exactement ? Ce dispositif est destiné aux prostituées victimes de la drogue essentiellement et qui sont peu touchées par les associations de soutien et de prévention puisqu’elles travaillent au bord des routes où le danger d’agression est plus fort qu’ailleurs.
A la fin des années 90, les autorités de la ville tentèrent de contrôler cette zone de prostitution où l’on retrouvait des seringues infectées et de la déplacer arbitrairement mais ce fut un échec. C’est après une concertation qu’en mai 2001, le conseil municipal a décider d’implanter des modèles « Utrechter ». Environs 300 femmes se regroupèrent sur une zone de la dimension d’un terrain de football. Huit « cabines de prestation » équipées d’alarme et d’une porte de secours ont été installées. Grâce à cet endroit protégé, sur les 300 prostituées, 60 ont accepté d’être suivies par les associations d’aide.
La ville de Dortmund a choisi de mettre en place le même dispositif à l’occasion du Mundial sur un terrain désaffecté des chemins de fer : une vingtaine de « cabines de prestation » y seront installées avec du côté passager un bouton déclenchant une alarme. Environs 400 prostituées travaillent sur les bords des routes de Dortmund sont concernées par la mesure.
Le concept du modèle « Utrechter » n’a donc rien à voir avec l’exploitation des femmes par les proxénètes mais constitue une tentative des municipalités pour sécuriser le travail des prostituées travaillant au bord des routes et pour leur permettre d’être soutenues par des associations de prévention alors qu’elles sont encore dans le monde de la drogue. »
Et Libertad de conclure : « Les animatrices de la CATW ne peuvent ignorer cette réalité, l’amalgame et la présentation tronquée de ce dispositif sont une tentative de désinformation, pour susciter l’émotion. »
Et peut-être, en effet, faut-il susciter l’émotion pour "passer dans les médias" et faire entendre le cri nécessaire contre l’exploitation sexuelle des femmes. Il n’empêche, approximations et déformations ne sauraient être bonnes conseillères. On doit pouvoir mener ces combats justes avec justesse.