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Pour ce faire a été avancée, dès avant le 29 mai et, plus encore, à la suite de la victoire du "non", l’idée d’une assemblée constituante pour l’Europe. C’est ainsi, par exemple, que Raoul Marc Jennar, en juin 2005, parlait de la nécessité de « lancer un mouvement exigeant que le prochain Parlement européen, à élire en 2009, soit une assemblée constituante. » (source).
Au même moment, était publié dans Le Monde un appel de quatre francs-maçons [1] à « procéder à l’élection au suffrage universel d’une Assemblée constituante des peuples d’Europe, pour procéder à la nouvelle étape et sortir du funeste traité de Nice, qui en bloque le fonctionnement. » (source).
« L’élection d’une Constituante lancerait, pour la première fois, dans l’espace public européen un débat européen sur la Constitution que veulent les peuples de l’Union, » lançait quant à lui Paul Oriol, en septembre 2005, dans une tribune sur le site alternatifs.org.
Mais l’idée semble désormais moins largement portée. Dans L’Humanité du 13/07/06, Raoul Marc Jennar la jugeait « suicidaire ». « Je n’ai pas du tout le sentiment que, dans trois ans, pourrait émerger du scrutin européen une majorité favorable à une Europe européenne, attachée à réaliser une alternative politique, économique, sociale et écologique au système que nous subissons, » explique-t-il.
Cette vision nouvelle des choses lui vient, dit-il, d’une connaissance plus directe due au fait qu’il « travaille au Parlement européen ». Celle-ci lui permet de vérifier que « la droite et l’extrême droite ensemble disposent d’une réelle majorité. » Il y constate aussi « la persistance d’un bloc largement majoritaire formé par le PPE et le PSE qui se retrouve assez systématiquement sur des positions communes : défense et promotion du néolibéralisme. » Il y détecte de plus un « bloc chrétien conservateur très fort ». Il note enfin que « la présence d’élus provenant de pays n’ayant pas une longue tradition démocratique - on oublie trop souvent que la démocratie n’est implantée depuis longtemps que dans une minorité d’États membres - affecte les débats et les choix. »
C’est de cet ensemble d’observations que Raoul Marc Jennar conclut qu’il serait suicidaire de faire de la prochaine assemblée européenne une assemblée constituante. Renonçant donc à cet objectif, il juge urgent de « préparer les conditions qui permettront de renforcer sérieusement la représentation parlementaire qui est actuellement très minoritaire » et invite dans ce but à « un immense travail d’éducation populaire dans les 25 pays ».
[1] « Les francs-maçons, au-delà de leurs convictions politiques ou de leurs engagements personnels, doivent reprendre la parole, ouvrir le débat, rassembler les femmes et les hommes qui souhaitent la liberté et le progrès. Contre le nouveau désordre du monde et les zélotes d’une morale révolue, il est largement temps de reprendre l’initiative, » écrivaient les signataires : Gérard Pappalardo, Alain Bauer, Jacques Lafouge, Jean-Robert Ragache.