Ceuta et Melilla, un an déjà

vendredi 6 octobre 2006.par Gilles Pradeau
 
15 migrants, peut-être 16, mouraient par balles marocaines ou espagnoles sur les murs des enclaves de Ceuta et Melilla. Aucune enquête et ces crimes restent impunis. Samedi 7 octobre sera une journée transnationale d’action sur les migrations.

Alors qu’en France, comme en Suisse, de nouvelles lois viennent d’être adoptées, cette journée d’action rappelle la dimension mondiale des problèmes créés par les législations actuelles. En France, cette journée mettra normalement à l’honneur les mobilisations dûes aux lois Sarkozy.

A la suite de la crise pétrolière de 1973, les politiques en Europe d’immigration sont devenues de plus en plus restrictives : d’abord les migrants, puis le regroupement familial, c’est enfin le droit d’asile qui n’ont cessé d’être réduits à une peau de chagrin. En France, avec un passé colonial plus que mal géré, l’intolérance vis-à-vis des anciens indigènes n’a fait qu’augmenter. Ce phénomène européen montre aussi que cette occultation ne peut être la seule raison. Dans le même temps, la société européenne a connu une résurgence de la xénophobie, du racisme et de l’intolérance.

Le Livre noir de Ceuta et Melilla

Migreurop publie une analyse bouleversante des processus d’externalisation des contrôles de l’UE (qui engendrent des politiques meurtrières, comme au Maroc, dont la guardia civil tirait à vue à Ceuta et Melilla) dans le cadre du programme pluriannuel de La Haye (2004) : au menu, délocalisations des centres de rétention et transferts de responsabilités (l’UE a évidemment une entière confiance dans le respect des droits fondamentaux de ces pays-tiers). Autrement, ce sont des programmes d’action au service de l’Union Européenne avant de servir l’Afrique. La majorité des mesures relèvent du contrôle des migrations et non du développement local.

Les promesses d’un « plan Marshall pour l’Afrique » n’ont été finalement que du vent. Comme seule conséquence, il n’y a eu qu’un renforcement des moyens militaires destinés à barricader une Europe pour une sorte de "guerre aux migrants".

Le Haut-Commissariat aux réfugiés a même été empêché de prendre contact avec ceux qui demandaient l’asile.

Hélène Flautre, eurodéputée verte a déclaré à l’occasion de ce triste anniversaire : « La conséquence de cette politique ? Le déplacement des parcours des migrants vers le Sud, des traversées de plus en plus dangereuses. Il paraissait fou il y a quelques années que des migrants tentent la traversée vers les Canaries sur des bateaux à moteur. Aujourd’hui, c’est la réalité. Peut-être 20 000 sont arrivés. Mais combien sont partis ? Combiens sont morts dans les eaux sénégalaises ou mauritaniennes ? Quels noms ? Quels visages ? Quel bilan de la politique de contrôle et de militarisation des frontières ! ».

Que faire ?

Il faut être conscient qu’il y aura toujours un certain nombre de migrants en situation irrégulière quelles que soient les politiques européennes adoptées. Parmi les exigences du Manifeste de Rabat lors de la conférence non-gouvernementale euro-africaine, on peut signaler différents points importants dans les négociations internationales :

- "les dirigeants africains, qui ont si peu défendu les intérêts de leurs populations, assument pleinement leurs responsabilités, tout particulièrement en remettant en cause les accords de partenariat euro-africains"

- "la mise en place de mécanismes de souveraineté alimentaire et la suppression des accords qui hypothèquent l’avenir de l’agriculture africaine"

- "la suppression des conditionnalités imposées aux pays africains dans les négociations internationales et tout particulièrement celle de la sous-traitance de la lutte contre les migrations"

- "l’annulation inconditionnelle de la dette des pays du sud ainsi que le rapatriement de leurs avoirs placés dans des banques étrangères"

Au niveau juridique, plusieurs textes importants ne sont pas ratifiés par les pays riches :

- la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs famille (avec notamment un droit minimal pour les travailleurs sans-papiers), qui devrait être intégrée dans les lois nationales

- la ratification des conventions de l’Organisation Internationale du Travail, et notamment les conventions 143 et 97 (Convention sur les travailleurs migrants).

Le Président du Parlement européen Josep Borrell avait déclaré, le 19 juin dernier « l’Europe ne peut pas être une forteresse. Ceux qui pensent pouvoir se protéger avec un nouveau mur le long de notre frontière du Sud se trompent complètement. Si l’Europe ne va pas au Sud, c’est le Sud qui ira à l’Europe, illégalement ou clandestinement ». A l’aube de la nouvelle campagne présidentielle, il n’est pas certain que les candidats les plus en vue aillent dans le sens du respect des droits fondamentaux. Pour les migrants comme pour d’autres, il n’y aura aucune amélioration de leur sort.

Pour en savoir plus :

- La France est-elle à jour des différents textes internationaux ?

- Déclaration d’une eurodéputée (Hélène Flautre) au Parlement Européen

- Le rapport du Conseil de l’Europe (mai 2006) sur les droits fondamentaux des migrants irréguliers

- Le livre noir de Ceuta et Melilla

- Migrations : Kofi Annan veut engager une coopération internationale

- Les Verts avaient consacré un débat aux journées d’été 2006

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