Une écologiste contre l’ours

dimanche 25 juin 2006.par Philippe Ladame
 
Fine observatrice, bonne connaisseuse du pays, Violaine Bérot s’oppose à l’ours dans un petit ouvrage qui mérite le détour.

Les Pyrénées furent longtemps un lieu de cohabitation de l’ours et de l’homme. Une cohabitation qui ne tenait guère du beau conte [1] mais bien plutôt de l’équilibre d’une terreur mêlée de respect.

« L’ours c’est celui qu’on déteste parce qu’il tue le bétail. C’est celui qu’on admire parce que sa force en fait un surhomme. On parle de lui avec respect. Dans chaque vallée on lui donne un surnom. Les Pyrénéens, quand ils causent de lui, disent toujours « l’ours » et non « les ours », quel que soit le nombre. La phrase de l’un d’eux croisant une ourse et ses oursons est célèbre dans nos montagnes : “J’ai vu l’ours, ils étaient trois !”. »

Mais l’ours a disparu des Pyrénées. Il a été victime, plus que des chasseurs, de la transformation du pays et de ses modes de vie.

« Les Pyrénées sont morcelées par les routes. Des zones jusqu’alors préservées sont saccagées pour les rendre accessibles aux véhicules.(...)la montagne pyrénéenne n’est plus la montagne d’autrefois. La mécanisation et l’économie ont tout chamboulé. Partout on a domestiqué l’environnement. Seul le territoire inclus dans la zone du Parc National des Pyrénées a pu être, depuis sa création en 1967, protégé. Mais cette zone, si elle a permis de préserver le biotope d’autres animaux, est trop en altitude pour couvrir le réel habitat de l’ours. »

On peut regretter et critiquer cette évolution, et Violaine Bérot, qui après quelques années en entreprise (comme informaticienne) a choisi la vie d’éleveuse et de bergère, n’est pas la dernière à la déplorer.

« Incohérente société qui veut réhabiliter l’animal sauvage et vit dans la peur de tout ce qui n’est pas aseptisé. Aux éleveurs laitiers on impose des normes européennes aberrantes. Fini le lait réchauffé dans le gros chaudron au-dessus du feu de bois. Finis les fromages alignés dans la cave naturelle où coule un filet d’eau. Fini le nettoyage des bidons avec les orties fraîches. Fini le transport des fromages à dos de mules. Fini tout cela. Incompatible avec les normes. Trop dangereux ! Maintenant il faut des laboratoires de transformation. Maintenant il faut transporter par camion frigorifique. Maintenant, même le vrai lait tout chaud sorti de la vache est trop fort pour le palais délicat des gens. Tout doit être uniformisé, aseptisé, édulcoré. »

La question est maintenant de savoir si la tentative de réintroduction de l’ours est un retour critique sur cette évolution ou en est plutôt la confirmation.

En 1990, le directeur du Parc National des Pyrénées expliquait : « Ou bien l’ours est avant tout un patrimoine national exceptionnel, dont la sauvegarde est prioritaire, les autres usages du milieu lui étant subordonnés (...) ou bien les ours sont un objet parmi d’autres de la maîtrise de l’homme sur la nature, et n’ont plus valeur de signe que sur des logos touristiques ou scientifiques. »

Avec la disparition de l’ours des Pyrénées et l’introduction, dans ce pays, de l’ours brun qui n’est pas du tout, au niveau mondial ou même européen, une espèce menacée, on est, à l’évidence, dans le deuxième cas de figure.

C’est le choix de l’ADET (Association pour le Développement Economique et Touristique) dont le président actuel est le maire d’Arbas. Une association dont le directeur explique « Le nom complet actuel est : Pays de l’Ours-ADET, où ADET signifie désormais : Association pour le développement durable en Pyrénées Centrales. »

« La réintroduction de l’ours n’est rien de plus qu’une énorme opération de promotion touristique. Oui, mais ce n’est pas glorieux, ce n’est pas noble. Alors que le prétexte écologique permet de rallier une écrasante majorité des Français à la cause. Et une fois ce prétexte avancé, il suffit de laisser monter la sauce... Et ça marche. Il n’y a qu’à naviguer au gré des forums de discussion sur Internet. C’est d’une violence inouïe. D’un côté les défenseurs de la nature prêts à mourir pour la bonne cause, de l’autre quelques anti-réintroduction maladroits et empêtrés dans un faux débat écologique qui les a rangés du côté des méchants. »

Peut-être, effectivement, faut-il y réfléchir à deux fois ...

Allez, une dernière citation pour vous inviter à lire le texte de Violaine Bérot (.pdf de 27 pages) :

« L’attaque d’un troupeau par un ours slovène artificiellement importé dans les Pyrénées à des fins politico-financières, cela n’a plus grand-chose à voir avec une quelconque loi de la nature. »

[1] « Beau conte », une expression de Nelly Olin pour qualifier la ré-introduction de l’ours (source).

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