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L’adoption du Plan Local d’Urbanisme (PLU) de Paris, en préparation depuis quatre ans, était à l’ordre du prochain Conseil de la capitale lundi 12, et il n’a trouvé qu’une faible majorité grâce à l’abstention de l’UDF (les Verts sont un pivot à Paris, sans eux, les textes peuvent échouer). Des batailles sont à prévoir : les communistes par exemple veulent aménager des tours pour obtenir davantage de logements sociaux tout en développant des bureaux. Or, les Verts refusent cette "sur-densification" (sauf pour des équipements) : René Dutrey, le président des Verts à l’Hotel de Ville, a d’ailleurs déclaré que c’était "une ville pleine comme un oeuf !"
Les élus Verts font savoir, depuis plusieurs mois, que le projet soumis à enquêtes publiques dans les différentes mairies d’arrondissement n’est pas satisfaisant. Ils sont aussi plutôt amusés que leurs propositions sur l’environnement à intégrer au PLU avec le "cahier des recommandations environnementales" soient déclarées illégales l’an dernier, puis finalement légales cette année, et ce cahier commence par être partiellement annexé au PLU (sur les normes énergétiques). Une sorte d’instabilité juridique propre à Paris seulement...
Rappelant que « 950 000 salariés font chaque jour le trajet de la banlieue vers Paris pour venir y travailler, » les élus Verts s’alarment de l’aggravation prévisible du phénomène. « Sur tout l’Est parisien, le nouveau PLU ne favorise plus les logements, les promoteurs créeront donc des bureaux qui rapportent 30% de plus ! C’est la porte ouverte à la spéculation immobilière qui chassera les classes moyennes et populaires », expliquent-ils. Si les nouvelles Zones d’Aménagement Concertées (ZAC) dans ce PLU donnent une part belle aux bureaux, les Verts voudraient 50% de logements (deux tiers de logements sociaux), 30% pour l’activité et 20% pour les équipements au lieu de 50% en faveur de l’activité et 30% pour le logement actuellement.
Les Verts estiment nécessaire de modifier le PLU pour favoriser le développement du logement social sur lequel ils s’étaient engagés lors de la campagne. . Ils ont ainsi proposé, mais en vain jusqu’à présent, de « passer le pourcentage obligatoire de logements sociaux à 30 % dans les constructions nouvelles sur les parcelles de 750 m2 au moins » (au lieu du seuil des 1000 m2 initialement prévu par Delanoé).
C’est que, comme l’explique Libération du 9/06/06, les responsables du parti socialiste ont une autre vision. Ils voient dans le PLU une arme économique pour « reconquérir une bonne partie des emplois perdus à Paris dans les années 90, notamment au profit des Hauts-de-Seine », comme l’affirme Jean-Pierre Caffet, adjoint PS chargé de l’urbanisme. Or, précise René Dutrey, créer des bureaux ne répondra pas aux attentes des chômeurs de Paris peu qualifiés, d’autant plus qu’il y a 1,6 emploi par parisien en moyenne, ce qui montre que le problème est avant tout qualitatif. Les Verts reprochent aussi au PS de vouloir en fait développer les bureaux pour chasser sur les terres des autres communes pour récupérer davantage de taxe professionnelle.
L’adjoint au maire chargé du logement, Jean-Yves Mano (PS), accuse les Verts de « vouloir concentrer les HLM dans les zones à aménager en bordure du périphérique pour masquer leur volonté de limiter les constructions dans le reste du territoire parisien où vivent les bobos ».
Une accusation que rejettent les élus Verts de Paris : une étude qu’ils avaient publiée au mois de mai montrait que si la proportion des logements n’augmentait pas dans les ZAC et le PLU, les objectifs de logements sociaux ne seraient jamais atteints : ce sont les seules zones encore disponibles à la construction sur Paris, acquérir les logements par d’autres moyens se révèle beaucoup plus aléatoire et surtout le nombre de logements obtenus est assez faible.
Les Verts de Paris et de la petite couronne plaident par ailleurs pour une « logique d’agglomération » qui pourrait être impulsée notamment par la « création d’un établissement public dédié aux politiques économiques et d’aménagement (et donc du logement), piloté par la région, dont c’est la vocation stratégique naturelle (qui) pourrait contribuer à établir cette nouvelle frontière des politiques publiques, plus francilienne que parisienne. »