Bientôt une convention internationale sur les armes ?

lundi 26 juin 2006.par Gilles Pradeau
 
La lutte contre le commerce illicite des armes légères, qui fait chaque jour plus de 1 000 morts dans le monde, fait l’objet d’une conférence internationale de 2 semaines à partir de lundi à l’ONU.

640 millions d’armes légères circulent aujourd’hui dans le monde. Entre 10 et 14 milliards munitions sont produites chaque année, soit environ deux balles par personne. 350 000 personnes meurent chaque année victimes d’une arme à feu, c’est-à-dire plus de victimes chaque année que les bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki.

Le commerce des armes à feu totalise 4 milliards de dollars par an, dont un quart est illicite. A ce jour, il n’existe aucun contrôle global sur la manière dont ces armes et ces munitions circulent dans le monde : une étude de « Small Arms Survey », un institut de recherche indépendant basé à Genève, estime que le nombre de victimes causées par les armes légères tous les ans tourne autour de 200 000 morts en dehors des conflits, soit presque deux tiers des victimes.

Devant ces chiffres terrifiants, un programme d’action a été mis en place en 2001 par les Nations unies, mais il ne s’agit que d’une palette de recommandations juridiquement non contraignantes.

A l’époque, les Etats s’étaient seulement engagés à légiférer le commerce de ces armes pour contrôler plus strictement importations et exportations. 50 pays comme l’Argentine ou le Brésil ont modifié leur législation. Mais aujourd’hui le problème se pose autrement : lors des modernisations des armées, au lieu d’être détruites, les anciennes armes rentrent dans la clandestinité tandis que les nouvelles les remplacent.

Du 26 juin au 7 juillet est en discussion un « Programme d’action en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects » à New York.

La réunion a débuté par la remise de la plus grande pétition photographique au monde à Kofi Annan, signée par un million de personnes à travers 160 pays pour symboliser le million de personnes tuées par les armes légères depuis le début de la campagne en 2003 "Contrôlez les armes". Cette campagne est menée conjointement par Amnesty International, Oxfam International et le Réseau d’action international sur les armes légères (RAIAL).

Ces ONG ont publié une étude internationale montrant que la prolifération non réglementée des armes à feu est à l’origine de l’insécurité pour la plupart des gens. En moyenne, 62% des personnes interrogées disent qu’il est "trop facile de se procurer une arme à feu" dans leur pays, et 63% précisent que c’est principalement en raison de la facilité avec laquelle on peut obtenir une arme à feu qu’elles se sentent en danger.

Une kalachnikov géante, assemblage de membres artificiels, a été exposée en face de l’immeuble de l’ONU pour marquer le gâchis de ce trafic. Même l’inventeur de l’arme la plus répandue dans le monde, le Lieutenant Général Mikhaïl Kalachnikov demande un durcissement des contrôles. Il a expliqué dans une déclaration diffusée pour la campagne : « Quand je regarde la télévision et que je vois des armes de petit calibre de la famille AK entre les mains de bandits, je n’arrête pas de me demander : comment ces gens ont-ils fait pour se les procurer ? »

En attendant, comme d’autres pays exportateurs, les Etats-Unis vont aussi s’opposer à la campagne pour restreindre le transfert d’armes aux groupes rebelles. Les Etats-Unis veulent soutenir le droit d’armer ces groupes -comme en Somalie, en Afghanistan, en Irak, en Iran, au Soudan ou en République démocratique du Congo - particulièrement dans le cadre de sa guerre contre le terrorisme. L’absence d’une telle convention coûte 1 000 vies par jour.

Pour en savoir plus :

- La campagne Contrôlez les armes

- L’étude de Contrôlez les armes sur les personnes touchées par la criminalité armée

- L’étude de Small Arms Survey

- Un rapport d’Amnesty sur le sujet

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