Déchets radioactifs : les leçons du CSM

vendredi 26 mai 2006.par Philippe Ladame
 
Alors qu’on va légiférer sur la gestion des matières et déchets radioactifs en France, Greenpeace a sollicité de l’ACRO une étude sur le stockage tel qu’il s’est pratiqué dans le premier et plus important centre d’Europe qu’est le Centre de Stockage de la Manche dit CSM.

Association pour le Contrôle de la Radioactivité de l’Ouest, l’ACRO est un Laboratoire indépendant d’analyse de la radioactivité et un Centre d’information et de documentation sur le nucléaire en général.

Le rapport de 49 pages (.pdf de 3 Mo) que l’ACRO consacre au CSM se compose de deux grandes parties.

La première partie concerne le centre de manière générale et l’histoire du stockage des quelque 530.000 m3 de déchets de faible et moyenne radioactivité. Elle évoque les incertitudes concernant les volumes et l’origine des déchets. Elle pointe les très mauvaises conditions de stockage de la première période. Reconnaissant que « les structures d’accueil et la qualité des déchets ont évolué au cours du temps vers plus de rigueur », elle conclut a la nécessité de la réversibilité « contrainte morale qui découle du principe de précaution » et à la nécessité de « repenser entièrement la gestion des matières radioactives de façon démocratique. »

Dans la deuxième partie, l’association s’attarde sur l’exemple du tritium (hydrogène radioactif) présent en quantité tout à fait excessive sur le site et qui témoigne de la difficulté de contenir la radioactivité. Mais la difficulté n’est pas seulement technique et l’ ACRO met en cause le manque de volonté de savoir et, surtout, d’informer.

Cette dernière question n’est pas absente de l’interview Christian Kernaonet, réalisée dans le cadre de l’étude.

Ancien ingénieur de l’ANDRA, témoin direct des évolutions du CSM et des errements dans la gestion des déchets, Christian Kernaonet a toujours été le partisan farouche d’une reprise de la première tranche de déchets stockés, une opinion qui lui vaudra une mise au placard en 1994 puis un licenciement pour faute professionnelle.

L’interview dans son ensemble est fort intéressante. Nous en extrayons juste un passage assez révélateur de la tendance constante à minimiser ou à masquer les données en matière de nucléaire.

ACRO : Est-ce que la connaissance du contenu des colis s’est également améliorée ?
C.K. : On avait installé une cellule de contrôle Gamma dernier cri. On s’est alors aperçu que nos contrôles en émetteurs Alpha des colis provenant de Valduc ne correspondaient pas à leurs bordereaux. Valduc se considérant comme le seul expert des radionucléides émetteurs alpha et surtout ne voulant pas remettre en cause sa comptabilité des radionucléides (notamment des Pu), nous avons reçu l’ordre de ne plus mesurer les colis en provenance de Valduc au CSM.
Remarquez, pour l’anecdote, sur Cogéma (la Hague), en tant que Service de Protection Radiologique (SPR), j’ai rencontré un scénario analogue sur une mesure de Plutonium (Pu) dans les boites à gants : le Pu retrouvé dans ces boites par le SPR ne correspondait pas à la balance Pu déjà écrite. Donc, on nous a demandé « d’oublier » le Pu de la boîte à gants.

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