Méthanisation : solution ou tour de cochon ?

mardi 18 avril 2006.par Philippe Ladame
 
Traiter les excédents de lisier des porcheries, les boues de l’industrie agroalimentaire tout en produisant de l’énergie : une bonne idée ?

Dans son édition du 17/04/06, Libération évoque la création, en centre Bretagne, d’une usine de méthanisation pour traiter les lisiers de cochon et les déchets de l’industrie agroalimentaire.

Le projet, qui est l’aboutissement d’une démarche de plusieurs années d’étude d’installations comparables, notamment à l’étranger, est porté par « une structure originale associant une coopérative d’agriculteurs et un partenaire privé, la société Adelis, structure d’étude et de développement du groupe Idex. »

Libération précise que « la future usine représente un investissement de 12 millions d’euros, dont 39 % sont pris en charge par les collectivités et organismes publics, Ademe et Agence de l’eau en tête. Elle doit entrer en service fin 2007 afin de traiter 70 000 tonnes de lisier et de boues résiduelles de l’agroalimentaire. Avec des revenus provenant des industriels concernés, mais aussi des agriculteurs eux-mêmes ­ à la fois actionnaires et clients ­ qui débourseront 6,80 euros par mètre cube de lisier traité avec l’espoir que l’électricité produite et revendue ramène progressivement ce chiffre à zéro. Les 2,5 à 3 millions d’euros de chiffre d’affaire escomptés devraient en tout cas permettre de salarier huit personnes, tout en assumant les charges de l’installation et le remboursement des emprunts. »

La nouvelle a provoqué un intéressant débat sur la liste de discussion Alphavert [1]. La Bretagne est extrèmement déficitaire en électricité, mais bien trop "riche" en lisier et pollution associée et la nouvelle peut, au premier coup d’oeil, y sembler bonne. Et puis réduire l’effet de serre (auquel participe grandement le méthane [2]), c’est bon à prendre.

Pas sûr, explique un intervenant.
- Utiliser un engrais (le lisier) pour produire de l’énergie et continuer à utiliser de l’engrais minéral qui a consommé énormément d’énergie pour sa fabrication et pollue les sols est un non sens.
- de plus le lisier n’est qu’un paravent. Il est trop pauvre en carbone pour produire du méthane d’où l’adjonction de graisses animales, huiles de poissons et saletés diverses. En fait c’est une façon d’éliminer des déchets industriels et urbains sous couvert de solution à la pollution agricole, ce qui permet de palper un paquet de subventions (ADEME, Agence de l’Eau...).
- le système, en fait, profite comme toujours aux industriels qui construisent les "usines à lisier" : Véolia, Suez et consorts. Surtout s’ils réussissent à faire passer l’électricité produite pour de "l’électricité verte".

Certes, réplique un autre, mais la méthanisation présente des avantages indéniables :
- on récupère de l’énergie sous forme de méthane qui se serait échappé dans l’atmosphère contribuant à l’effet de serre
- on crée de l’emploi
- en compostant après "digestion" on améliore les sols et on évite le lessivage.

Alors, la méthanisation comme solution transitoire tant que dure l’élevage productiviste, peut-être. Mais la solution, sur le fond, c’est bien de développer un autre modèle : « le porc sur paille c’est tellement mieux pour l’animal, le paysan et le consommateur. Surtout s’il est bio, » concluent-ils ensemble.

[1] Alphavert est une liste de discussion à laquelle participent 400 adhérents Verts.

[2] A volume égal l’effet de serre du méthane est presque 30 fois supérieur à celui du CO2.

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