Le développement durable en question

vendredi 14 avril 2006.par Alain Richard
 
Conscient que ses procédés de fabrication ont d’importants impacts environnementaux, Lafarge mise sur le développement durable : à tort ou à raison ?

Le cimentier Lafarge vient d’enregistrer un deuxième projet de « mécanisme de développement propre » (MDP) pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, dans le cadre du Protocole de Kyoto ; le groupe a en effet pris l’engagement de réduire ses émissions de CO2 de 20% par tonne de ciment produit, pendant la période 1990-2010. [1]

Dans deux cimenteries implantées en Malaisie, le projet consiste « à substituer une partie du charbon importé par de la biomasse (les coques de noix de palmier à huile) dans le processus de fabrication du ciment. Ces coques de noix sont un déchet de l’industrie de l’huile de palme, fabriquée en Malaisie. L’utilisation de coques de noix permet ainsi de fournir 5% de l’énergie thermique nécessaire à la fabrication du ciment. » comme le précise le communiqué de presse de Lafarge [2].

Ainsi, d’après le cimentier, « plus de 60,000 tonnes de CO2 sont ainsi économisées chaque année. Le bénéfice annuel pour la planète est similaire à quatre millions d’arbres plantés par an. Par ailleurs, cette technique permet la préservation des combustibles fossiles et offre des avantages pour l’environnement et l’économie locale, notamment :
  L’utilisation de déchets qui seraient autrement abandonnés et se décomposeraient sous l’action des pluies tropicales
  L’utilisation d’un combustible local réduit la dépendance de la Malaisie en matière d’importation de charbon. »

Par ailleurs, Lafarge précise qu’il travail à deux autres projets MDP, l’un en Inde et l’autre au Brésil.

On le voit, Lafarge est à la pointe du développement durable ; c’est du moins le message qu’il veut faire passer.

Actu-Environnement [3] est plus réservé et estime quant à lui que « ce projet pourrait bien faire polémique ».

En effet, s’il est vraisemblable que « dans l’état actuel des cultures, le groupe Lafarge contribuera à réduire les émissions de GES, à dynamiser une économie locale devenue socialement indispensable et à aboutir à une gestion plus efficiente des déchets de l’industrie de l’huile », pour autant la lutte pour la réduction des émissions de CO2 ne doit pas entraîner de réduction de la biodiversité.

Or, le fait de rentabiliser d’avantage la filière agricole des palmiers à huile [4] représente un réel danger pour la forêt primaire ; les palmiers à huile ont été introduits en Malaisie depuis les années 1970, au détriment de la forêt équatoriale sur plus de 20 000 km2. Ainsi, « concrètement, l’exploitation forestière et les monocultures de palmier à l’huile à grande échelle notamment en Indonésie et Malaisie ont décimé près de 70% de la couverture forestière de ces pays en une décennie. À ce rythme, les chercheurs estiment que d’ici à 2030, il ne restera qu’1% de l’habitat originel des orangs-outans par exemple. »

[1] Le premier projet date d’un peu plus d’un an et consistait en l’implantation d’une cimenterie à Tétouan, au Maroc, fonctionnant avec des éoliennes : Citron Vert s’en était fait l’écho dans une brève en février 2005

[2] Le communiqué de presse daté du 10 avril est accessible en page d’accueil du site de Lafarge

[3] Nous profitons de cet article pour signaler qu’Actu-Environnement vient de passer les 50.000 abonnés à sa Newsletter et « s’affiche désormais comme le portail web de référence de l’actualité liée à l’Environnement » (source)

[4] La Malaisie fournit les 2/3 de l’huile de palme consommée dans le monde. Cette huile, dont la production mondiale a quadruplé en cinquante ans, est devenue le deuxième corps gras végétal le plus utilisé après l’huile de soja. Principalement destinée à l’alimentation, elle entre également dans la fabrication de savons, cosmétiques et produits pharmaceutiques.

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