Bois : torts partagés

vendredi 31 mars 2006.par Philippe Ladame
 
Si la tendance à la consommation insoutenable n’est pas inversée, les forêts anciennes auront quasiment disparues dans quelques décennies.

Greenpeace a publié le 28/03/06 un rapport intitulé Sharing the blame (.pdf de 1 Mo en anglais) qui met en évidence l’évolution foudroyante de la consommation de bois par la Chine.

On savait déjà que les pays occidentaux étaient fortement consommateurs de bois, même si quelques efforts ont été entrepris pour limiter cette sur-consommation [1], notamment de bois exotiques.

Mais la situation s’est considérablement aggravée avec l’évolution de l’importation chinoise de bois dans les 10 dernières années. Le rapport "Torts partagés", de Greenpeace, révèle que les importations de bois brut ont été multipliées par 4.5 dans cette période.

Cet essor considérable de l’importation de bois est dû en partie au développement de la demande intérieur. Mais un autre facteur intervient : dans la même période, la Chine a multiplié par 3.5 ses exportations de produits manufacturés à base de bois (meubles, contreplaqué, etc.).

Or ce bois importé en Chine vient très majoritairement des forêts ancestrales d’Indonésie et de Papouasie Nouvelle-Guinée, où l’abattage des arbres se fait en infraction des lois. On estime l’abattage illégal à un peu moins de 80 % en Indonésie et un peu plus de 90 % en Papouasie.

Ce bois "volé" à l’humanité, passe en quelque sorte "blanchi" par la Chine, avant de se retrouver dans les pays riches, explique le rapport.

Le rapport détaille les sites, décortique les filières et nomme des entreprises destinataires finales. Confrontées aux preuves, certaines d’entre elles se sont engagées à ne plus se fournir en bois illégal.

Le gouvernement chinois, quant à lui, semble disposé à prendre quelques mesures de limitation. Ainsi, dans une conférence de presse le 28/03/06, le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères Qin Gang a expliqué : « Nous avons adhéré à des traités internationaux relatifs à la protection des forêts et à celle des plantes et des animaux menacés d’extinction. Nous allons donc adopter une attitude responsable pour les appliquer consciencieusement. » (source).

Mais, pour Greenpeace, c’est bien un effort partagé qui s’impose : « Les économies industrielles développées d’Amérique du Nord, d’Europe, du Japon et de Corée du Sud doive réduire considérablement leur consommation de produits en bois et la Chine doit trouver un moyen de développer son économie sans suivre le mauvais exemple des dévoreurs de forêts, » explique l’association (source).

Pour le climat, pour la bio-diversité, pour la survie des populations locales, il faut que cesse l’abattage illégal. Mais les nations forestières sauront-elles imposer leurs lois, et les pays consommateurs sauront-ils changer leurs habitudes ?

[1] Le rapport de Greenpeace mentionne un rythme de déforestation équivalent à la disparition d’un terrain de foot toutes les deux secondes.

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