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« Des hommes dans des combinaisons de caoutchouc blanc et portant des masques à gaz attrappant des poulets dans les villages ... Des poulets vendus et abattus sur les marchés de volaille vivante... Des oiseaux sauvages traversant le ciel... Telles sont typiquement les images diffusées par les médias dans leur couverture de l’épidémie de la grippe aviaire. Rares sont les photos représentant la prospère industrie multinationale avicole. Il n’y a pas de prises de vues de ses fermes d’élevage industriel frappées par le virus, et aucune image de ses camions surpeuplés transportant des poulets vivants ni de ses fabriques de produits alimentaires transformant « les sous-produits de la volaille » en alimentation pour poulets. » Ainsi commence le rapport passionnant de l’association internationale GRAIN.
Par plusieurs exemples, le rapport explique que s’il peut arriver ponctuellement qu’un migrateur transporte le virus, la diffusion géographique de la maladie ne correspond pourtant pas avec les itinéraires et les saisons de migration. « Aucune espèce n’émigre de Qinghai, en Chine, de l’Ouest vers l’Europe de l’Est, » indique le Dr Richard Thomas de BirdLife. « Le tracé des cas de contamination suit les itinéraires des routes principales et des voies de chemin de fer, pas les voies aériennes. »
Selon le rapport, c’est bien plutôt l’expansion de la production avicole industrielle et des réseaux commerciaux ont créé les conditions idéales à l’apparition et à la transmission de virus mortels comme la souche H5N1 de la grippe aviaire. Une fois qu’ils ont pénétré dans les élevages industriels surpeuplés, les virus peuvent rapidement devenir mortels et se développer. L’air vicié par la charge virale est transporté sur des kilomètres à partir des fermes infectées, pendant que les réseaux d’échanges commerciaux intégrés répandent la maladie par les nombreux transports d’oiseaux vivants, de poussins d’un jour, de viande, de plumes, d’œufs à couver, d’œufs, de fumier de volaille et d’alimentation animale.
Les auteurs en veulent pour preuve le cas du Laos. « Le Laos a efficacement enrayé la maladie en fermant la frontière à la volaille de Thaïlande et en éliminant les poulets dans les exploitations commerciales. Ils ont été moins concernés par la maladie se répandant à partir des fermes affectées parce que, à la différence de la Thaïlande et du Viet Nam, les petits paysans au Laos ne se fournissent pas auprès des grandes compagnies en poussins de un jour et en alimentation pour la volaille. Et, en dehors de la capitale, la volaille est produite et consommée localement. La production de volaille est également plus dispersée au Laos. Elle est moins dense, moins intégrée et moins homogène — caractéristiques qui empêchent la propagation de la grippe aviaire et son évolution vers des formes plus pathogènes. »
Pourtant, alors même que se sont probablement les grands élevages industriels confinés qui favorisent et transmettent les formes les plus agressives du virus, l’idée s’est imposée que c’est par le confinement qu’on évitera la pandémie.
Une idée que le rapport tente de battre en brêche : « La stratégie de maîtrise du virus H5N1 par la destruction des basses-cours génétiquement diversifiées et par le développement d’exploitations bien plus intensives de volaille, augmentera paradoxalement la possibilité — ou probabilité, comme certains le pensent — d’une version humaine transmissible de la grippe aviaire mortelle émergeant des élevages industriels à grande échelle, le coeur de la production et du commerce globalisés du poulet aujourd’hui. »
Et de conclure : « La grippe aviaire est encore un autre des scandales qui ont éclaté maintes et maintes fois dans d’autres secteurs de l’industrie alimentaire multinationale, de la maladie de la vache folle au maïs Star Link. Il est simplement honteux que l’industrie avicole essaye de le manipuler pour en faire une occasion de plus de faire des profits sur le dos des petits agriculteurs. »