Eau : le système qui arrose

mardi 31 janvier 2006.par Philippe Ladame
 
Après avoir irrigué des empires financiers, l’eau est-elle encore surfacturée ?

Fin janvier 2006, l’association de consommateurs "Que Choisir" a mis en ligne un dossier sur l’eau, dans lequel elle dénonce la surfacturation du service de l’eau.

« L’étude menée par l’UFC-Que choisir sur 31 communes de France met en évidence que les prix de l’eau pratiqués dans les grandes agglomérations urbaines sont parfaitement abusifs. Les entreprises ou les régies publiques en charge de cette activité constituent des bénéfices faramineux puisque les taux de marge nette sur chiffre d’affaires oscillent entre 26 et 42 %. »

L’association nuance toutefois en indiquant que « dans la plupart des petites et moyennes villes de notre panel, les prix facturés sont assez proches du prix de revient que nous avons calculé. »

C’est dans les plus grandes villes, et singulièrement en Ile de France, que l’UFC-Que Choisir estime que la surfacturation « atteint des sommets inouïs avec une marge nette de 59%. »

Bien entendu, ces conclusions se fondent sur une évaluation du coût de la fourniture d’eau et de l’assainissement. L’association détaille la méthodologie et les critères qu’elle a retenus dans l’un des articles du dossier.

Mais la plus grosse partie concerne l’analyse du système. Il est d’abord rappelé que la délégation de service public est le modèle dominant de gestion de l’eau. En 2001, elle fournissait 79 % des usagers pour la distribution de l’eau et assumait 53 % de l’assainissement. La part de la régie a connu un déclin relatif au cours des vingt dernières années puisqu’en 1980 elle avait encore la charge de 40 % de la distribution d’eau.

Le rapport constate ensuite le manque de concurrence dans le secteur. « Le constat historique démontre l’étonnante stabilité de l’oligopole de l’eau. Depuis plusieurs décennies, trois entreprises (Générale des eaux, Lyonnaise des eaux, SAUR) se partagent l’essentiel du marché de l’eau et leurs parts de marché respectives restent figées à des niveaux constants. Plus encore, le marché des villes de plus de 100.000 habitants, où se concentrent les marges excessives, reste la chasse gardée de la Générale des eaux et de la Lyonnaise des eaux. La concurrence de la Saur se limite aux villes de moins de 100.000 habitants et les petites entreprises interviennent sur les marchés de moins de 50.000 habitants. »

Dans un autre volet, l’UFC-Que Choisir trace les grandes lignes d’une réforme pour combattre l’« oligarchie de l’eau », une réforme qui s’appuierait sur des reprises en régie municipale et sur les réformes que conseillerait une mission parlementaire à mettre en place.

Signalons enfin que le dossier comporte un tableau analytique récapitulatif pour chacune des agglomérations suivantes : Nantes, Ile de France, Paris, Reims, Lyon, Strasbourg, Lille et Angers.

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