Affaire Rhodia

samedi 21 janvier 2006.par Philippe Ladame
 
Des efforts déployés pour masquer les opérations glauques ou, pour le moins, l’insuffisance de contrôle des grandes opérations financières.

Un lecteur du blog d’Alain Lipietz évoque Largo Winch à propos de l’affaire Rhodia, dont parle le député européen Vert dans son blog.

Il y a quand même un petit peu moins d’action, de coups de feu et d’échappées belles, mais c’est vrai qu’on ne s’ennuie pas à suivre cette affaire qui tourne pour l’essentiel autour de l’acquisition, en 1999, de la société anglaise Albright & Wilson. Celle-ci aurait été achetée malgré des pertes cachées afin de doper le cours de l’action Rhodia au moment où Aventis, société née de la fusion entre Rhône-Poulenc et Hoechst, l’a placée sur le marché.

Déjà, en octobre 2005, Alain Lipietz, racontait la disparition mystérieuse, sur le site du service de la concurrence de l’Union Européenne, d’un des documents se rapportant à cette fusion [1].

Cette semaine, c’est le Canard Enchaîné qui évoque un tour de passe-passe du même acabit avec le remplacement de la version originale d’un rapport de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) par une version plus soft.

« Le 20 janvier 2005, » raconte le Canard Enchaîné, « le directeur des enquêtes Hervé Dallerac donne son imprimatur au rapport sur Rhodia, rédigé au terme de dix-neuf mois de travail par une équipe de trois enquêteurs placés sous sa direction. Début février, le rapport - qui n’a rien d’un brûlot - est approuvé en réunion restreinte par Gérard Rameix, secrétaire général de l’AMF (et ex-directeur de Juppé à Matignon) et par Florence Roussen, secrétaire générale adjointe et spécialiste des questions juridiques.
Dans la foulée, cinq "lettres de griefs" sont rédigées, contre Rhodia et plusieurs de ses actuels ou anciens dirigeants. Reste une formalité à accomplir : la réunion du collège de l’Autorité boursière, qui doit officialiser le tout, le 15 mars.
Mais, le 25 février, Breton est nommé à Bercy. Et ça change tout.
Le 1er mars, le directeur des enquêtes de l’AMF, qui a pourtant approuvé le rapport de ses services, éprouve le besoin impérieux de revoir la copie. En y introduisant quelques modifications substantielles, notamment sur le rachat de Albright & Wilson en 1999 et 2000. (...)
Ces travaux de réécriture ont apparemment un peu ralenti les opérations. Le collège de l’AMF a dû reporter d’une semaine sa décision, qui a finalement été rendue le 22 mars. Sur la base du rapport qui lui est alors présenté, il décrète que tous les faits concernant Albright & Wilson sont prescrits - c’est le tiers de l’enquête qui part à la poubelle - et que les autres turpitudes chez Rhodia n’ont commencé que fin 2002.
Coup de bol : à cette date, Breton avait quitté Rhodia depuis trois mois et venait d’être nommé patron de France Télécom. »

[1] Depuis le lien vers ce document de 1999 a été rétabli.

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