Projecteurs sur le Kenya

dimanche 1er janvier 2006.par Philippe Ladame
 
Avec la sortie de "The Constant Gardener" et un début de famine le Kenya est doublement dans l’actualité.

Contrairement à la plupart des films occidentaux qui se passent en Afrique subsaharienne, The Constant Gardener a été tourné sur les lieux où John Le Carré avait situé son roman [1].

Les avis sont partagés sur le film, dont certains regrettent que la nervosité de la mise en scène ait nuit à l’épaisseur des personnages (source), mais Le Monde y voit une vigoureuse démonstration politique. « Au Kenya, la jeune épouse de Justin Quayle (Ralph Fiennes), diplomate britannique de rang moyen, est assassinée. Militante, Tessa (Rachel Weisz) passait plus de temps dans les bidonvilles de Nairobi que dans les réceptions diplomatiques. Au fil de son enquête, le veuf découvre que la disparue avait mis au jour la responsabilité d’une société pharmaceutique dans des essais thérapeutiques meurtriers, pratiqués sur les populations les plus pauvres. »

La sortie du film est l’occasion pour le journal suisse Le Temps de donner la parole à l’acteur principal, Ralph Fennies et au metteur en scène, Fernando Meirelles, qui portent deux regards, complémentaires probablement, sur le Kenya et ses voisins.

Pour le premier, qui participe aux actions de l’Unicef et estime que « nous sommes proches les uns des autres, mais nous ne savons pas encore comment gérer cette proximité », « ce continent n’est pas, comme beaucoup d’Occidentaux le croient, un vaste camp de réfugiés : c’est au contraire une région du monde extrêmement vibrante. »

Le second insiste sur le piège que constitue le nouveau colonialisme en Afrique. « Je souhaitais montrer la politique de pression sans relâche que cette branche exerce, au même titre que d’autres puissances économiques, sur les pays qui tentent de s’en sortir. Il suffisait d’aller au Kenya pour le voir et le filmer : là-bas, une personne sur six a le sida. Comment ne pas s’interroger sur l’utilité de toutes les aides occidentales : quand on demande aux gens de la rue comment ils espèrent s’en sortir, la plupart répondent qu’ils souhaitent créer une société qui touchera la bonne conscience et leur permettra ainsi de lever des fonds belges ou suisses. Personne ne pense à se lancer dans l’élevage de poulets. Ce qui les obsède, c’est de continuer à être subventionnés par l’Occident. Du coup, la seule forme d’industrie et d’économie qui survit dans un pays comme le Kenya, c’est celle de l’aide humanitaire et de ses dérivés. »

Et il va être question d’aide humanitaire d’urgence au Kenya qui, dans sa région nord, est à son tour frappé par la famine. "Au moins 10 personnes ont trouvé la mort dans la région de Mandera, qui subit sa plus grave sécheresse depuis trois ans", rapporte The Standard. Le quotidien kényan mentionne que "le nombre de victimes pourrait être plus élevé que le bilan actuel car les communautés d’éleveurs musulmans vivant dans la région enterrent leurs morts dans les vingt-quatre heures suivant le décès" (source).

La nouvelle provoque une amorce de mobilisation. BBC News explique notamment que, ce dimanche 1 janvier 2006, 50.000 détenus des prisons kenyanes ont décidé de renoncer à leur déjeuner en solidarité avec les victimes de la famine. Les fonds correspondants seront collectés et gérés par la Croix Rouge kenyane.

L’Unicef et le Programme alimentaire mondial tentent eux aussi de réunir des fonds. Le President du Kenya, Mwai Kibaki, s’est rendu dans la région concernée et a promis d’affecter 40 millions de dollars en aide d’urgence. Mais plusieurs commentateurs jugent qu’il fait "trop peu, trop tard" et estiment que les divisions politiques du pays expliquent largement son fractionnement en « zones viables et zones non-viables » (source).

[1] John Le Carré a publié "La Constance du jardinier" en 2001.

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