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La mention du « rôle positif de la présence française outre-mer » dans la récente loi « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » a provoqué de vifs débats au parlement (voir notre article).
Mais les réactions dépassent les murs de l’Assemblée. RFI évoque ainsi les prises de position de plusieurs grandes voix d’outre-mer, notamment celle d’Aimé Césaire refusant de recevoir le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, qui vient de renoncer à un voyage prévu aux Antilles.
Evoquons aussi le beau texte d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau qui estiment qu’il n’est « pas concevable qu’une Nation se renferme aujourd’hui dans des étroitesses identitaires telles que cette Nation en soit amenée à ignorer ce qui fait la communauté actuelle du monde : la volonté sereine de partager les vérités de tout passé commun et la détermination à partager aussi les responsabilités à venir. »
« La grandeur d’une Nation » poursuivent-ils « ne tient pas à sa puissance, économique ou militaire (qui ne peut être qu’un des garants de sa liberté), mais à sa capacité d’estimer la marche du monde, de se porter aux points où les idées de générosité et de solidarité sont menacées ou faiblissent, de ménager toujours, à court et à long terme, un avenir vraiment commun à tous les peuples, puissants ou non. Il n’est pas concevable qu’une telle Nation ait proposé par une loi (ou imposé) des orientations d’enseignement dans ses établissements scolaires, comme aurait fait le premier régime autoritaire venu, et que ces orientations visent tout simplement à masquer ses responsabilités dans une entreprise (la colonisation) qui lui a profité en tout, et qui est de toutes manières irrévocablement condamnable. »
En métropole aussi, et y compris à gauche, le sujet fait remous. Ainsi, dans un communiqué du 8/12/05, les Verts s’indignent-ils des propos récents de Georges Frêche, lors d’une réunion du Conseil Régional Languedoc-Roussillon qu’il préside : « Ses convergences de vue et d’attitude avec le FN révélées à cette occasion à propos du colonialisme français appellent la plus vive réprobation de la part des Verts. On ne peut ainsi faire l’apologie d’une des pages les plus sombres de l’histoire de ce pays, faite d’impérialisme, de hiérarchie raciale et d’exploitation. »
« Certes, ceux que l’on a appelés les "rapatriés" ne peuvent être considérés comme responsables individuellement de cette politique de la France et le traumatisme d’avoir dû quitter un pays natal dans des conditions dramatiques mérite aussi le respect, » estiment les Verts. « Mais un homme de gauche doit s’interdire de souffler sur les braises de bas instincts de revanche. Et c’est aux historiens qu’il appartient, dans un contexte apaisé, d’écrire l’histoire, pas à des démagogues uniquement soucieux de se rallier une clientèle électorale. »