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En dernière page de Ouest-France du 18/11/05, François Simon évoque celle de Marc Sakao.
Elève en terminale au lycée Maurice-Utrillo de Stains (Seine Saint-Denis), Marc n’est en France que depuis deux ans. Il a quitté la Côte d’Ivoire, sa mère et ses quatre frères et soeurs, pour rejoindre son père, qui avait quitté la famille pour la France, y a refait sa vie et y a obtenu la nationalité française.
Marc, depuis deux ans, poursuit son rêve : « Une sorte de rêve scolaire et universitaire. Un vrai lycée sans violences. La violence, je l’ai subie chez moi, en Côte d’Ivoire où c’est devenu le chaos, » explique-t-il. Et ce rêve est à portée de mains car Marc, élève sérieux, réussit bien dans bon nombre de matières et ses professeurs lui prédisent un succès facile au bac. Au-delà, il se verrait bien l’an prochain étudiant à la Sorbonne. « Je veux simplement apprendre, étudier et repartir après pour aider mon pays à s’en sortir. »
Bon élève, mais aussi camarade apprécié, Marc est délégué de sa classe. Il fait même partie du Conseil d’Administration du lycée. Et le week-end il joue au foot.
Mais Marc est « sans papier ». Pas « sans papiers », précise-t-il. « Des papiers, j’en ai : un passeport ivoirien. Autrement, sur moi, j’ai ma carte de transport. Et un mot de ma proviseure. Un mot qui dit que je suis lycéen et que j’ai une demande de titre de séjour en cours. »
Ce sésame, il l’attend, confiant. « Parfois, accompagné d’un enseignant militant d’Éducation sans frontières [1] qui l’épaule et le rassure, il se présente à 4 h du matin à la Préfecture de Bobigny, gâche une matinée de cours pour avoir un ticket et un rendez-vous trois mois plus tard, » explique le journaliste. Mais les démarches n’ont pas encore permis de décrocher le précieux titre de séjour.
Dans quelques jours Marc aura 18 ans. Il sera "expulsable". Alors, le soir, quand les réunions s’achèvent tardivement, un des profs le ramène prudemment chez lui. Au cas où. Il suffirait d’un « Tes papiers ! » pour que les rêves s’envolent dans un charter pour Abidjan.
[1] Le Réseau Education Sans Frontières milite pour la régularisation des sans papiers scolarisés.