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Après avoir pris connaissance du rapport de François Grin sur L’enseignement des langues comme politique publique (.pdf de 696 Ko), le Haut Conseil de l’Evaluation de l’Ecole (HCEE) vient d’émettre un avis (.pdf de 94 Ko) dans lequel il affirme qu’« il est indispensable que la France incite ses partenaires de l’Union européenne à prendre des mesures pour promouvoir un plurilinguisme effectif en Europe. »
Par cet avis, le HCEE s’efforce « d’aborder de front la contradiction que connaît notre système éducatif pris entre la demande sociale du "tout-à-l’anglais" et l’affirmation politique de la "diversité de l’offre". »
Il s’interroge d’abord sur le fait de savoir s’il faut laisser jouer la « dynamique des langues ». Celle-ci est en fait une spirale consistant en ceci que plus une langue est utilisée internationalement, plus elle est apprise, plus elle est utilisée ...
Le HCEE insiste notamment sur le fait que alors qu’« en 1997, anglais et français avaient la même part dans la rédaction originelle des documents du Conseil de l’Union européenne (41 et 42 % respectivement). Six ans après en 2002 (donc avant l’élargissement de l’Union européenne) la part de l’anglais était quatre fois supérieure à celle du français (73 % contre 18%). »
Cette situation d’hégémonie inquiète le HCEE qui y voit un avantage concurrentiel abusif.
Une position de quasi-monopole sur les marchés
de la traduction et de l’interprétation
Une économie de temps et d’argent dans la communication
internationale pour les anglophones
La possibilité pour les anglophones d’investir dans
d’autres domaines les ressources qu’ils n’ont pas
besoin de consacrer à l’apprentissage des langues
étrangères
Une position dominante des anglophones dans
toute situation de négociation, de concurrence ou
de conflit se déroulant en anglais.
Le Haut Conseil signale que « les estimations réalisées par le rapporteur indiquent que ces montants se chiffrent annuellement en milliards d’Euros. » [1].
Le HCEE a étudié deux scénarios alternatifs à l’hégémonie de l’anglais pour les échanges internationaux :
le plurilinguisme, c’est à dire l’utilisation effective de plusieurs langues
l’adoption de l’espéranto, « une langue qui
n’est celle de personne, donc celle de tout le monde ».
« Du point de vue économique, pour notre pays, comme pour tout pays non anglophone de l’Europe, ce dernier scénario serait incontestablement le meilleur : il éviterait tous les transferts inéquitables auxquels donne lieu le « tout-à-l’anglais » puisque chacun devrait consentir un effort symétrique pour traduire et interpréter entre la langue de communication internationale et sa langue maternelle, et il impliquerait des coûts d’enseignement moindres, l’apprentissage d’une telle langue étant plus aisé et plus rapide que celui de l’anglais et de tout autre langue, » estime le HCEE.
Pourtant ce n’est pas ce scénario qu’il soutient dans son avis, estimant que « s’il constate qu’un raisonnement économique devrait conduire à promouvoir une langue de communication universelle, le Haut Conseil sait qu’une telle orientation n’est pas concevable dans l’état actuel des choses en Europe, notamment parce qu’une telle langue ne peut être associée à aucune sphère linguistique et culturelle. »
Le HCEE propose donc de promouvoir le scénario du plurilinguisme, « qui ne réduit pas les coûts mais supprime
les transferts inéquitables », en formulant les propositions suivantes :
que la France continue à ne donner ni caractère
obligatoire, ni primauté à l’enseignement de l’anglais
que la France s’emploie à démontrer à
ses partenaires l’intérêt qu’ils auraient, comme elle,
à se donner les moyens de promouvoir un plurilinguisme
effectif en Europe
qu’elle promeuve l’enseignement d’au moins deux langues vivantes étrangères pour tous les élèves
que l’enseignement de toutes les langues vivantes
étrangères soit plus orienté sur la communication
orale et écrite qu’il ne l’est aujourd’hui, sans négliger
pour autant ce qui, dans cet enseignement, contribue
à développer la dimension culturelle du plurilinguisme.
Comment dit-on « la montagne a accouché d’une souris » en Esperanto ?
[1] François Grin estime à 17 à 18 milliards chaque année le montant de l’avantage financier pour le Royaume-Uni.
Merci, Philippe, pour cet excellent article, et surtout sa chute, qui me montre que tu fais partie de ceux qui conservent un esprit critique et en éveil.
François Grin dit lui-même, dans le rapport, que la solution optimale (l’espéranto) est difficile à mettre en oeuvre, pour des raisons irrationnelles, par ignorance.
Un autre expert, Claude Piron (qui était présent à notre atelier lors des JE de Grenoble) parle précisément d’ "ignorance ignorée". C’est à dire que les décideurs, les médias, les citoyens ne savent pas grand chose sur l’espéranto, mais ils ignorent leurs lacunes profondes, ils s’imaginent savoir, et se basent sur leurs représentations mentales (on disait autrefois "préjugés"). Je ne répèterai pas ici toutes les calomnies qui se véhiculent sur cette langue, on peut facilement les réfuter en cherchant un peu sur la Toile...
Je vais juste réfuter cette partie de l’argumentation du HCEE : « ...parce qu’une telle langue ne peut être associée à aucune sphère linguistique et culturelle » En fait, de quoi parle-t-il quand il emploie ces mots ? D’une nation, ou d’un territoire, probablement. On est là dans la vieille représentation mentale : "une langue= une nation = un état= un territoire" Nous savons pourtant que ce n’est pas vrai. La Belgique, le Luxembourg, la Suisse, l’Espagne, etc... sont autant d’états dans lesquels plusieurs langues sont utilisées (ce qui ne va pas toujours sans poser certains problèmes, c’est exact). Par contre, d’autres langues sont utilisées par des "diasporas" de migrants, en alternance avec les langues des pays qui les accueillent. Autrefois : italien, polonais, espagnol, portugais, arabe, et plus près de nous : chinois, turc, langues africaines... Il n’y a donc pas superposition exactes de langues, avec des états ni des territoires .
De plus, si le HCEE était mieux renseigné ( ???), il saurait qu’au moins UN pays de l’Union a misé sur la langue internationale espéranto : la Hongrie (voir par exemple : la partie consacrée à l’éducation de ce blog ou bien encore cet article). Mais sans doute la Hongrie n’est-elle pas un partenaire assez prestigieux, puissant ? Selon la formule consacrée, en Europe, il y en a qui sont "plus égaux que les autres"...
Si le HCEE était mieux renseigné, il saurait aussi que l’espace culturel espérantophone existe bel et bien. Certes, il n’est pas délimité geographiquement, mais il est bien plus vivant qu’on ne le pense. Des publications de toutes sortes paraissent chaque jour, chaque semaine, chaque mois en espéranto, des livres, des chansons... seul le cinéma, en raison des coûts qu’il entraîne, est mal représenté.
"Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage" : ce proverbe a longtemps été vérifié en ce qui concerne l’espéranto. Il semblerait que le HCEE mette un bémol, puisqu’il "adoucit" ses mots. Contrairement aux brutales calomnies du style "pas une vraie langue, sans culture" auxquelles nous sommes habitués, la formulation recourant au terme "sphère" est moins catégorique et plus subtile, mais entretient toujours cette idée fausse.
L’espéranto est en très bonne santé en Chine, au Brésil, et progresse en Afrique... loin de péricliter, la communauté espérantophone s’agrandit, même si notre nombrilisme d’Européens (et l’ostracisme des médias) nous empêche de le voir. Sa "sphère" est à l’échelle de la planète...
Et c’est sans doute là le coeur du problème. Le "village global mondial" est depuis longtemps une réalité pour les espérantistes. Mais pas comme "eux" (les "élites" mondiales accoquinées aux différentes sphères du pouvoir et de l’argent) le voudraient. Non, car la "sphère" espérantiste est imprégnée jusqu’au trognon de valeurs de justice, d’équité, de fraternité, de démocratie. Voilà bien le "hic" !
Combien de temps a-t-il fallu à Galilée pour imposer son "eppure si muove" ? En tous cas, il a fallu deux siècles pour passer des chiffres romains aux chiffres arabes. Espérons que nous, les espérantistes, parviendrons à obtenir une prise de conscience populaire et un sursaut des autorités dans un délai plus raisonnable, faute de quoi la "MacDonaldisation" forcenée du monde aura encore de beaux jours devant elle...
Bonjour
Sur mon ordinateur, la partie droite du texte est cachée par la liste des brèves ! Je ne peux pas lire l’article...
Bonjour,
> Sur mon ordinateur, la partie droite du texte est
> cachée par la liste des brèves !
> Je ne peux pas lire l’article...
Ce problème a déjà été signalé par des utilisateurs d’Internet Explorer pour Mac (est-ce ton cas ?).
Je ne sais pas comment parer à ce bug. Pour contourner, j’ai fait une version "pour imprimante" qui devrait être lisible par tous. Il suffit de cliquer sur l’icône d’imprimante en bas de l’article.
Cordialement
Philippe Ladame
On dit :
"La montaro naskis muson."
Mais moi je dirais plutôt que les élites, accrochées à leurs pouvoirs, leur privilèges et leurs préjugés, sont malhonnêtes et incompétentes.
Pas que dans le domaine de l’éducation, on le sait bien, mais quand même, la barque commence à être bien lourde, on se demande quand elle va couler !!!
J’ai commencé à lire la rapport Grin, on est plusieurs à travailler dessus. Je vais charger la prose du HCCE...
"Et pourtant elle tourne" disait Galilée... Nous, on dit : "Et pourtant elle vit, cette langue. Et pourtant elle est équitable facile, puissante et surtout démocratique." Ne serait-ce pas justement cette dernière qualité qui fait peur à nos maîtres ?
Saluton al cxiuj ;-)
Le HCEE n’est pas "les élites", mais semble bien être un organisme pris entre le marteau et l’enclume... Le rapport Grin analyse l’impacte d’une politique d’enseignement des langues sur la population française intégrée dans une europe à 25 pays membres. Pour une fois, l’analyse n’est pas pédagogique, mais bien économique et socioculturelle. Il est clairement dit que la politique linguistique recommandée par le rapport Thélot aboutit à une domination et un enrichissement du Royaume Unis au sein de l’Europe au détriment des autres états membres. Malheureusement, le rapport Grin n’a pas de volet pédagogique qui rappelle la propédeutique de l’Espéranto afin de prouver que seule la politique d’enseignement généralisé de l’Espéranto en Europe apporte non seulement la paix sociale et l’équité économique, mais encore favorise le multilinguisme recherché par Union Européenne. Ce n’est pas à la HCEE de décider quelle politique d’enseignement des langues mettre en oeuvre, c’est bien à nos ministres de proposer et à nos députés de discuter... c’est donc bien vers nos députés que nous devons nous tourner avec ces arguments clairs. Merci Monsieur Grin.
Jxanpol.
Exact... Tu as raison, François Grin s’est donné comme règle de n’aborder que les aspects économiques et politiques, pas les aspects pédagogiques.
Je me laisse emporter par mon enthousiame.
Il convient donc en effet de nous tourner vers les politiques en général, et pour ma part plus particulièrement vers les Verts, puisque j’en suis, et que c’est le seul parti jusqu’à présent qui ait pris l’espéranto au sérieux.
On peut également informer largement (ou tenter de le faire) les enseignants du primaire, les syndicats, les enseignants de langues vivantes (et aussi ceux d’anglais) afin de leur faire comprendre que non seulement l’espéranto a une valeur propédeutique supérieure à celle de n’importe quelle autre langue étrangère (selon le proverbe, détourné en "Il n’y a que le bremier bas qui goutte !", un effet propédeutique plus ou moins important existe toujours de la LV1 vers une LV2, sauf quand une situation d’échec en LV1 persuade à jamais les apprenants qu’ils sont "nuls en langues"), mais que la langue internationale n’est pas une concurrente des langues qu’ils enseignent, (au moins pour les 30 à 50 années à venir), mais un "plus", une "valeur ajoutée" ne pouvant que dynamiser leur propre enseignement, et surtout un "bonus" pour la justice et la démocratie.