Tony’s tailor is rich

lundi 17 octobre 2005.par Philippe Ladame
 
Le Haut Conseil de l’Evaluation de l’Ecole souhaite une réelle alternative à l’hégémonie linguistique de l’anglais.

Après avoir pris connaissance du rapport de François Grin sur L’enseignement des langues comme politique publique (.pdf de 696 Ko), le Haut Conseil de l’Evaluation de l’Ecole (HCEE) vient d’émettre un avis (.pdf de 94 Ko) dans lequel il affirme qu’« il est indispensable que la France incite ses partenaires de l’Union européenne à prendre des mesures pour promouvoir un plurilinguisme effectif en Europe. »

Par cet avis, le HCEE s’efforce « d’aborder de front la contradiction que connaît notre système éducatif pris entre la demande sociale du "tout-à-l’anglais" et l’affirmation politique de la "diversité de l’offre". »

Il s’interroge d’abord sur le fait de savoir s’il faut laisser jouer la « dynamique des langues ». Celle-ci est en fait une spirale consistant en ceci que plus une langue est utilisée internationalement, plus elle est apprise, plus elle est utilisée ...

Le HCEE insiste notamment sur le fait que alors qu’« en 1997, anglais et français avaient la même part dans la rédaction originelle des documents du Conseil de l’Union européenne (41 et 42 % respectivement). Six ans après en 2002 (donc avant l’élargissement de l’Union européenne) la part de l’anglais était quatre fois supérieure à celle du français (73 % contre 18%). »

Cette situation d’hégémonie inquiète le HCEE qui y voit un avantage concurrentiel abusif.
- Une position de quasi-monopole sur les marchés de la traduction et de l’interprétation
- Une économie de temps et d’argent dans la communication internationale pour les anglophones
- La possibilité pour les anglophones d’investir dans d’autres domaines les ressources qu’ils n’ont pas besoin de consacrer à l’apprentissage des langues étrangères
- Une position dominante des anglophones dans toute situation de négociation, de concurrence ou de conflit se déroulant en anglais.

Le Haut Conseil signale que « les estimations réalisées par le rapporteur indiquent que ces montants se chiffrent annuellement en milliards d’Euros. » [1].

Le HCEE a étudié deux scénarios alternatifs à l’hégémonie de l’anglais pour les échanges internationaux :
- le plurilinguisme, c’est à dire l’utilisation effective de plusieurs langues
- l’adoption de l’espéranto, « une langue qui n’est celle de personne, donc celle de tout le monde ».

« Du point de vue économique, pour notre pays, comme pour tout pays non anglophone de l’Europe, ce dernier scénario serait incontestablement le meilleur : il éviterait tous les transferts inéquitables auxquels donne lieu le « tout-à-l’anglais » puisque chacun devrait consentir un effort symétrique pour traduire et interpréter entre la langue de communication internationale et sa langue maternelle, et il impliquerait des coûts d’enseignement moindres, l’apprentissage d’une telle langue étant plus aisé et plus rapide que celui de l’anglais et de tout autre langue, » estime le HCEE.

Pourtant ce n’est pas ce scénario qu’il soutient dans son avis, estimant que « s’il constate qu’un raisonnement économique devrait conduire à promouvoir une langue de communication universelle, le Haut Conseil sait qu’une telle orientation n’est pas concevable dans l’état actuel des choses en Europe, notamment parce qu’une telle langue ne peut être associée à aucune sphère linguistique et culturelle. »

Le HCEE propose donc de promouvoir le scénario du plurilinguisme, « qui ne réduit pas les coûts mais supprime les transferts inéquitables », en formulant les propositions suivantes :
- que la France continue à ne donner ni caractère obligatoire, ni primauté à l’enseignement de l’anglais
- que la France s’emploie à démontrer à ses partenaires l’intérêt qu’ils auraient, comme elle, à se donner les moyens de promouvoir un plurilinguisme effectif en Europe
- qu’elle promeuve l’enseignement d’au moins deux langues vivantes étrangères pour tous les élèves
- que l’enseignement de toutes les langues vivantes étrangères soit plus orienté sur la communication orale et écrite qu’il ne l’est aujourd’hui, sans négliger pour autant ce qui, dans cet enseignement, contribue à développer la dimension culturelle du plurilinguisme.

Comment dit-on « la montagne a accouché d’une souris » en Esperanto ?

[1] François Grin estime à 17 à 18 milliards chaque année le montant de l’avantage financier pour le Royaume-Uni.

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