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Après des mois de négociations difficiles entre le TGWU (syndicat des travailleurs des transports) et la direction de l’entreprise internationale Gate Gourmet au sujet des conditions de travail et de rémunération des personnels de cette entreprise basés à Heathrow (à l’ouest de Londres), la crise a finalement éclaté.
Le 10 août, le personnel débrayait sans préavis. Dans les heures qui ont suivi, l’entreprise licenciait tous les personnels qui n’étaient pas à leur poste (environ 350), expliquant avoir fait tous les efforts possibles de négociations pendant des mois et ne plus pouvoir supporter financièrement des « pratiques déplacées dans l’industrie hautement compétitive d’aujourd’hui. »
Face à ce licenciement massif, des centaines d’employés de la compagnie British Airways se sont rapidement mis en grève par solidarité, ce qui a provoqué la "journée noire à Heathrow" dont les médias se sont largement fait échos, quand quelque 70.000 passagers ont été bloqués pendant des heures dans l’aéroport paralysé.
Dialogue social difficile, refus de la dégradation des conditions de travail, entreprise en difficulté dans un secteur concurrentiel, solidarité entre travailleurs. Un tableau assez classique, somme toute.
Mais un article du Daily Mirror vient jeter une lumière nouvelle sur l’enchaînement des événements.
Libération du 16/08/05 s’en fait l’écho ainsi : il semblerait que cette affaire ait été préparée dès septembre 2004 par les cadres de la maison mère américaine, Texas Pacific Group. La note interne publiée par le Daily Mirror énumère en effet les différentes étapes d’une méthode de gestion de l’entreprise destinée à limiter les coûts salariaux : « Recruter et former [...] de nouveaux employés. L’annoncer aux représentants syndicaux, provoquer une grève spontanée, licencier les grévistes et les remplacer par les nouvelles recrues préalablement formées. » Le mémo estime à quinze semaines le temps nécessaire pour mettre en pratique une telle stratégie. Comme par hasard, Gate Gourmet a créé voici exactement trois mois une filiale, Versa Logistics, chargée de recruter des saisonniers d’Europe centrale à des salaires moins élevés que le personnel permanent. « Nous avons la certitude que la société a tout manigancé. Ils ont dû prendre leur décision d’agir quand ils ont perdu leur contrat avec Virgin Atlantic », dénonce Sarijit Singh Sandu, représentant du syndicat des employés des transports, le Transport and General Workers Union (TGWU). Le mémo émettait cependant une réserve prémonitoire : « la possibilité que le conflit s’étende au sein d’Heathrow ». Mais les bénéfices d’une telle manoeuvre semblaient valoir le risque : « 2,5 millions de livres de coûts de licenciements contre 6,5 millions de livres d’économies par an. »
L’entreprise de restauration se défend dans un communiqué du 15/08/05, expliquant : « Gate Gourmet UK a pris connaissance des allégations faites ce jour dans le Daily Mirror et souhaite déclarer que les documents mentionnés ont été rédigés et proposés par des cadres qui ne font plus partie de l’entreprise. La direction actuelle a ignoré ce plan et ses recommandations, les considérant comme tout à fait inappropriées et déplacées. »