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Libération, le Figaro et le Nouvel Observateur ont évoqué ce week-end une étude parue dans le magazine Science à propos de riz OGM.
Elle concerne des essais en champ de deux produits de la recherche chinoise : le riz Xianyou 63 et le Youming 86, tous deux génétiquement modifiés pour résister à un insecte, la pyrale du riz.
L’ennemi visé dans cette expérience est un insecte foreur de tige. « Deux à trois jours après l’éclosion de l’oeuf, la larve creuse la tige pour se réfugier à l’intérieur, explique Jean-Christophe Breitler, chercheur à l’Inra de Montpellier. Elle est donc particulièrement difficile à attaquer, d’où l’usage de pesticides puissants, capables de pénétrer la tige. » Or, en Chine, comme dans beaucoup de pays du Sud, les agriculteurs font appel à des substances dangereuses, interdites depuis des décennies en Occident, et le plus souvent sans se protéger. (Libération)
L’expérience a été réalisée sur deux ans avec la participation de 77 cultivateurs en 2002 et de 101 en 2003. Certains recevaient des semences OGM, et les autres du riz non modifié, sans connaître la nature de ce qu’ils plantaient et sans recevoir de consignes particulières pour leur culture. (...) Au final, les cultivateurs qui avaient reçu du riz transgénique ont réduit leur consommation de pesticide de près de 80%, avec seulement 2 kg par hectare au lieu de 21 kg/ha. Ce gain est évidemment bénéfique pour l’environnement, mais aussi pour le budget de l’agriculteur, qui fait autant d’économies. (Le Figaro)
Autre vertu de ce grain blanc modifié, un rendement légèrement plus élevé par rapport aux cultures traditionnelles à cela s’ajoute l’économie réalisée sur les achats de pesticides. Dés lors, il apparaît fort probable que la Chine autorise la commercialisation de ces deux variétés pour l’instant en phase de test mais en conditions de culture naturelles. (Nouvel Obs)
Difficile de ne pas se laisser séduire, en effet. Voilà un OGM qui, pour une fois, diminue effectivement l’utilisation de pesticides, est immédiatement bénéfique aux agriculteurs et augmente la capacité de production d’un aliment fondamental.
Mais l’étude semble ignorer complètement deux questions elles aussi fort importantes :
quel serait le degré de dépendance des paysans par rapport à cet OGM ?
quel serait son impact durable sur la biodiversité ?
A cette sérieuse carence, qui jette une ombre sur l’étude en question, s’ajoute la vive critique de Greenpeace Chine à son encontre.
Il y a deux semaines, Greenpeace avait déjà attiré l’attention sur le caractère illégal de ces essais et sur le fait qu’une contamination était intervenue puisqu’on avait découvert des grains Xianyou 63 en vente sur les marchés de la province où ces essais étaient menés.
Le responsable de la campagne OGM de l’organisation, Sze Pang Cheung, a estimé, à cette occasion : « Nous ne devrions pas prendre le risque d’impacts sanitaires et environnementaux de long terme, ainsi que de rejet du riz chinois par les consommateurs internationaux. (...) Au lieu d’investir dans une statégie hautement risquée de manipulation génétique, la Chine devrait investir dans des efforts conséquents et de longue haleine pour une agriculture soutenable. »