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Le Monde du 4 janvier se fait l’écho d’un communiqué de l’Association for Tropical Biology and Conservation (ATBC, 1400 membres dans 65 pays) qui a adopté une résolution formelle contre l’orpaillage et estime que "la situation a atteint des proportions critiques particulièrement en Guyane française, au Guyana, au Surinam, au Vénézuela et au Brésil". Selon l’association, "des dizaines de milliers de chercheurs d’or artisanaux [c’est à dire, clandestins] ont envahi les parcs nationaux et réserves naturelles où ils dégradent les fleuves et rivières, contaminent les eaux au mercure (utilisé pour agglomérer l’or), se livrent au braconnage, détruisent la forêt et menacent les populations locales indiennes. L’ATBC appelle les gouvernements à déployer rapidement dans les parcs les forces de sécurité et les moyens de surveillance adaptés, ainsi qu’à réguler strictement la vente de mercure utilisé pour amalgamer l’or".
En effet, les parcs naturels du Nord de l’Amazonie et du plateau des Guyanes comptent "parmi les plus importants du monde" en terme de nombre d’espèces et de complexité des écosystèmes. L’activité aurifère a des conséquences désastreuses sur l’environnement (rejet de mercure, cours d’eau asphyxiés, ...) et sur la santé publique. "Les dégâts les plus considérables concernent la pollution au mercure" : 5 à 10 tonnes de mercure seraient versées chaque année dans les rivières guyanaises, que l’on retrouve en bout de chaîne alimentaire dans le poisson ingéré par les Amérindiens dans des proportions qui dépassent les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.
La Guyane française [1] fournit une bonne illustration de la situation en Amazonie : depuis quelques années (depuis 1999 précisément, avec la hausse des cours de l’or), l’activité d’extraction de l’or y a pris des proportions qui dépassent l’entendement, avec environ 10 000 travailleurs clandestins (source officielle début 2004 des autorités de gendarmerie) dans les camps d’orpaillage (dont un camp clandestin situé à proximité de la station de pompage qui aliment la ville de Kourou en eau potable). Cette situation s’est installée progressivement depuis le début des années 1980, malgré un rapport alarmant remis au 1er ministre en 2000 et en dépit d’opération "coup de poing" de la Gendarmerie (destruction de villages clandestins). La France a interdit l’utilisation du mercure en Guyane à dater de 2006 ; néanmoins l’expérience du Vénézuela, qui a adopté précédemment cette mesure, montre que cela ne sera pas suffisant pour stopper une activité particulièrement lucrative. Pierre-Michel Forget, spécialiste d’écologie forestière tropicale au Musée national d’histoire naturelle, précise que "les légaux respecteront la loi, mais pas les clandestins".
L’Etat se donnera-t-il les moyens de faire respecter la loi en Guyane ? Fera-t-on de ce territoire "une fenêtre française d’excellence sur le plan de l’environnement" comme l’a demandé l’astrophysicien Hubert Reeves (par ailleurs président de la Ligue pour la préservation de la faune sauvage) dans le courrier qu’il a adressé à ce sujet en décembre 2003 à la Ministre de l’Ecologie ?
[1] Pour des précisions on pourra se référer au site www.univers-nature.com .