Génocides en quête de reconnaissance

vendredi 13 juin 2008.par Joseph Richard
 
La France pourra-t-elle se poser en donneuse de leçon à la Turquie sur la reconnaissance du génocide arménien ?

A la veille de la présidence française de l’Union Européenne, qui débutera le 1er Juillet 2008, les grands débats européens recommencent à faire surface. Il est certain que les négociations quant à l’entrée de la Turquie dans la communauté européenne vont, elles aussi, prêter à discussion. Cela fait des décennies que les mêmes arguments sont échangés d’Ankara à Bruxelles, notamment celui de la reconnaissance du génocide arménien de 1915 par l’Etat turc actuel.

Et Nicolas Sarkozy qui déclarait en Avril 2007 " La France n’a commis aucun génocide" ferait bien de revoir sa position si il veut pouvoir continuer à dire à la Turquie lors de la présidence française : « J’ai toujours été de ceux qui pensaient qu’il y a eu un Génocide en Arménie et je n’ai pas compris pourquoi on ne le reconnaissait pas » ( Octobre 2006, source ).

La qualification de génocide n’est certainement pas un problème simple, peut-être parce que accorder ce « label » à un cas est souvent vécu comme une manière de minoriser la gravité d’autres cas. Ainsi en a-t-il été probablement de la proposition du député UMP Lionnel Luca de soumettre au vote des parlementaires une loi concentrée en un seul article, lequel énonce : « La République Française reconnaît le génocide vendéen de 1793-1794. ». Déposée en février 2007, la proposition est restée enfouie dans les archives de l’Assemblée. Le terme génocide n’est pourtant pas exagéré. La Convention nationale n’a-t-elle pas déclaré le 1er Octobre 1793, soit au commencement de la Terreur : « II faut que tous les brigands de la Vendée soient exterminés avant la fin du mois d’octobre » (source).

Concrètement, cette extermination de la population vendéenne est chiffrée à plus de 170.000 morts civils. A titre de comparaison, la terreur montagnarde, qui prend pourtant bien plus de place dans les manuels scolaires, n’a fait « que » 40.000 victimes. Personne n’était épargné, femmes et enfants étaient particulièrement visés car ils formaient, selon les terroristes qui dirigeaient alors la France, la « future engeance malfaisante et royaliste ». Difficile d’admettre que la cause républicaine ait pu justifier ce massacre. L’historien Alain Gérard, spécialiste de la Révolution française, précise : "C’est un massacre délibéré et gratuit de la population civile sans raison militaire". De la violence pour de la violence, voilà l’attitude de la France durant cette période, depuis célébrée comme l’avènement de la démocratie. Bien entendu, il n’est pas facile de reconnaître officiellement de telles abominations quand le chef des colonnes infernales qui ravagèrent la Vendée, le général Turreau, a son nom gravé sur l’arc de triomphe à Paris ! (source).

L’Assemblée nationale ne manque pas d’éléments historiques irréfutables pour prendre enfin une décision qui se fait attendre depuis des décennies, la reconnaissance officielle du génocide vendéen : "Un grand pas sera fait quand cette page d’histoire sera inscrite dans les ouvrages scolaires" a déclaré Alain Gérard avec d’autres.

Reste que le combat pour la reconnaissance du génocide en Vendée est l’apanage de la droite la plus droitière. Peut-être que deux siècles c’est bien trop court pour juger les choses objectivement. Ou peut-être que la politique est trop manichéenne pour penser la complexité.

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