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La formation au métier d’enseignant comporte deux facettes. Le côté "contenu", puisqu’il faut que l’enseignant ait une maîtrise des sujets qu’il va enseigner. Et le côté "méthodes", puisque toutes les manières ne se valent pas, surtout face à des publics handicapés, défavorisés, ou, tout simplement, hétérogènes.
Dans les années 70, 80, seul l’aspect "contenu" comptait puisque le recrutement par les concours ne prenait que cela en considération et que la formation suivant le concours était réduite à fort peu de choses.
La situation a évolué, pour les maîtres d’école d’abord, et les autres ensuite, avec la mise en place des formations en IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres).
On se rappelle que ces IUFM ont été décriés. Cela est probablement dû aux tâtonnements de la mise en place, ainsi qu’à la nature, assez peu pertinente, des instructions officielles que ces instituts ont mission de mettre en musique.
Au fil des années, les choses se sont un peu améliorées, et, ce qui est probablement lié, certains des formateurs de ces instituts ont fait entendre leurs voix contre les projets du gouvernement en matière d’éducation.
La persistance de cet esprit critique, le reste de mauvaise image des IUFM dans l’opinion et la dépense que représente les années de formation des stagiaires des IUFM (qui sont payés) ont probablement fait germer l’idée de la réforme du recrutement des enseignants dont Le Monde a fait état dans son édition du 28/05/08.
L’idée serait de retarder le recrutement par concours (qui serait maintenu) en le conditionnant à l’obtention préalable d’un "master 2" (bac + 5) et de supprimer l’année de stage (pendant laquelle les futurs enseignants, payés plein traitement, sont en charge d’un mi-service, accompagnés par un collègue référent).
Le risque est fort, alors, que l’on retombe dans une formation qui soit essentiellement académique (i.e. concernée par le "contenu") et que les jeunes enseignants se trouvent encore moins équipés pour être en mesure de gérer les classes et les élèves d’aujourd’hui.
Joint par le Café Pédagogique, Patrick Baranger, président de la conférence des directeurs d’IUFM, s’inquiète de ce projet qui privilégie un parcours uniquement centré sur les savoirs disciplinaires, « qui ne permettent d’enseigner que dans quelques classes prestigieuses de lycée. Ce serait une catastrophe pour le système éducatif. On risquerait de plonger dans le grand bain de la classe des gens qui ne savent pas nager, en priant pour qu’ils apprennent ».
Même appréciation de la part de Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l’IUFM de Créteil, qui recommande au ministre de courir voir "Entre les murs", le film récemment primé à Cannes : « Il apprendrait que le métier ce n’est pas juste transmettre des connaissances. C’est aussi savoir gérer la diversité des personnes. Et ça nécessite du professionnalisme ».
Actuellement les deux facettes ("contenu" et "méthodes") sont traitées successivement. Le projet du gouvernement aboutirait à court terme à la disparition des IUFM qui, actuellement, assurent le deuxième volet de la formation. L’Université par ses licences et ses masters pourrait-elle prendre en charge correctement ce volet en l’inscrivant dans l’ensemble de son sursus ? Elle n’en a pas la culture. Il faudrait pour qu’elle y parvienne des moyens conséquents, une politique claire et, notamment, une redéfinition des concours. Est-ce cela dont il est question ?