Quelle expertise pour notre santé ?

mardi 26 février 2008.par Philippe Ladame
 
Chargée de présenter un rapport au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques sur les éthers de glycol et des polluants d’usage courant, Marie-Christine Blandin publie une synthèse des travaux.

La sénatrice Verte Marie-Christine Blandin a déposé le 23 janvier 2008 le rapport sur les "éthers de glycol et polluants de l’air intérieur" qu’on trouvera détaillé sur le site du Sénat.

Outre l’intégralité du rapport qui intéressera les spécialistes, on trouve en cette page une synthèse en 4 pages qui restitue l’essentiel.

Il manquait, entre les deux, un document qui permette aux personnes souhaitant argumenter sur le sujet, sans pouvoir lire l’intégralité du rapport, de se documenter suffisamment. C’est chose faite grâce au résumé transmis par Marie-Christine Blandin et mis en ligne par Citron Vert.

En voici directement la partie 4 :

4/ LA RECHERCHE, LA VEILLE, L’EXPERTISE

La révélation de cette partie des auditions a été la nébuleuse institutionnelle de dizaines d’organismes, comités, instituts, conseils, agences, se revendiquant tous de leur action centrale pour la protection de la santé publique en matière de substances chimiques.

Au passage, l’énorme majorité ratisse et met en forme les études des autres, peu se livrent à de nouvelles recherches (ou les commandent).

On découvrira (pages 188 à 205) leur diversité d’ancienneté, de statuts, de tutelles, de budget, d’indépendance, et pour certains de COUAC dans leur histoire :

l’INRS, père du CPA, qui soutint l’amiante.

l’INERIS, co géré par l’industrie, qui n’a pas de charte déontologique à usage interne.

l’AFSSET, dont le rapport IGAS-IGE pointait en 1997 l’éthique défaillante dans l’étude sur la téléphonie mobile (présence masquée des opérateurs dans le conseil scientifique (page 227).

la COMTOX, trop longtemps restée dans le giron du ministère de l’agriculture, à la différence des Agences affranchies et indépendantes.

celles qui se prononcent sans savoir, comme les Académies, soutenant le Professeur PELLERIN à sa demande (arrêt du nuage de Tchernobyl à la frontière), puis publiant un rapport renvoyant quasiment au seul tabac les cancers liés à l’environnement.

L’édifice qui est censé nous protéger ne couvre pas, avec la même vigilance, tous les produits : entre pesticides (AFSSA) et biocides (AFSSET) qui s’occupe des détergents et de certains toxiques en ventes ? Pourquoi n’y-a-t-il pas de valeurs-guide sur l’air intérieur ? En revanche, il y a des superpositions (les industriels se plaignent de demandes multiples), avec des conclusions parfois différentes (une substance interdite en produit vétérinaire est autorisée pour les anti-poux humains).

On ne dira jamais assez les vertus des agences qui séparent l’expertise de la gestion du risque. Il faut en tirer les conséquences :

il manque une veille environnementale.

l’AFSSET n’a pas les moyens de sa mission.

le BERPC, émanation associative de l’INRS et de l’INERIS, où sont présents les fabricants de substances, ne peut pas être mandaté pour évaluer ces mêmes substances. C’est une hérésie. Ces missions devraient revenir à l’AFSSET.

il y a manque grave de toxicologues, d’épidémiologistes et de données exhaustives.

Face à cet édifice institutionnel, il y a la fragilité des « autonomes ».

les associations de consommateurs (page 214) ne cessent de mettre le phare sur tel ou tel type de produits mal encadrés (et d’obtenir des retraits : encens, etc …).

les usagers, victimes non reconnues, recourent à la justice.

les ONG élaborent, elles-mêmes, les confrontations de données accablantes (page 34).

Quelques figures médiatiques (Professeur BELPOMME, Professeur SULTAN) se font récuser au motif d’un excès de langage ou d’un petit panel manquant dans une cohorte la pertinence de l’ensemble trop dérangeant de leurs conclusions ou de leurs alertes.

un chirurgien pédiatre discret, comme BESSON à Lille, constatant le doublement de sa consultation (malformations néonatales) ne trouve pas le canal officiel pour donner l’alerte.

un chercheur comme CICOLELLA se voit muselé, remercié puis réintégré, mais néanmoins tenu à l’écart du sujet où il excelle.

On se trouve donc en présence de travaux institutionnels sérieux, avec des moyens, mais qui ont parfois laissé passer des risques conséquents et des donneurs d’alerte – fragiles et sans moyens - pour certains avec des failles - qui ont émis de justes alarmes.

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