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Dans son édition du 10/10/07, le Canard Enchaîné a mis à sa Une un article intitulé « Arnaud Lagardère, un vrai homme d’actions » dans lequel l’hebdomadaire résume l’histoire des rapport de l’Etat et du groupe.
Dans un article de juin 2006, nous avions évoqué le détail des opérations effectuées respectivement par M. Lagardère (actionnaire) et M. Forgeard (directeur) dans les mois ayant précédé.
Mais il n’est pas inutile, avec le Canard, de jeter un oeil sur l’ensemble de la saga.
EADS (European Aeronautic Defence and Space) est née en 1999, alors que Lionel Jospin était premier ministre et Dominique Straus-Kahn, ministre de l’Economie.
La République se montre alors généreuse, explique l’hebdomadaire : « Le groupe Lagardère apporte ses actifs dans les missiles, les satellites, d’une valeur comprise entre 5 et 10 milliards de francs, et l’Etat ses participations dans Aérospatiale (40% d’Airbus, les hélicoptères, les missiles, les satellites) et dans le groupe Dassault, évalués entre 80 et 160 milliards de francs. Malgré ce déséquilibre, l’Etat et le groupe Lagardère deviennent propriétaires chacun de 15% du nouvel ensemble. Il y a mieux : un pacte d’actionnaires, signé avec le gouvernement français, garantit au groupe Lagardère qu’il choisira seul les dirigeants français de la nouvelle société européenne. »
Le Canard raconte ensuite comment, au décès de Jean-Luc Lagardère en 2003, les choses deviennent difficiles avec Arnaud Lagardère qui ne s’intéresse guère alors au devenir de l’entreprise et comment l’Etat, en l’occurrence le président Chirac et Francis Mer, ministre de l’Economie impose Noël Forgeard, via un chantage fiscal.
« Arnaud Lagardère, en échange d’un aménagement de sa facture fiscale, cède à l’Elysée : Forgeard s’installe à la place de Camus comme coprésident d’EADS. Les relations perverses avec l’Etat n’ont jamais été aussi étroites, » souligne le Canard.
Ces jeux d’influence ont finalement attiré l’attention d’Arnaud Lagardère qui réalise alors la valeur de ses actions dans EADS, en même temps qu’il perçoit les difficultés à venir. Avec l’aide de la Caisse des dépôts [1], le groupe Lagardère empoche 2 milliards d’euros au printemps 2006 et Noël Forgeard et les principaux dirigeants du groupe lèvent leurs stock-options, réalisant ainsi des millions d’euros de plus-value.
« Lorsque la réalité des retards du A 380 et du A 350 est enfin rendue publique, l’action EADS perd près du tiers de sa valeur, ses salariés sont invités à se serrer la ceinture, ses sous-traitants à baisser leurs marges. Et les petits actionnaires n’ont plus que leurs yeux pour pleurer, » conclut le Canard.
[1] Le Canard explique, dans un autre article, comment, pour éviter une taxation importante qu’aurait occasionné une vente pure et simple de ses actions, Arnaud Lagardère a opté pour la solution, obligeamment fournie par la Caisse des dépots, d’une émission d’obligations qui permet à Lagardère « d’empocher immédiatement le prix de ses actions (...) et de ne les céder effectivement qu’entre juin 2007 et juin 2009.