The Marlboro man

samedi 4 décembre 2004.par Philippe Ladame
 
Dans notre bibliothèque on pourra ranger plusieurs articles de Naomi Klein ayant rapport avec la guerre en Irak.

Ils font partie de l’ensemble traduit et publié par Pax Humana, le "site anti-guerre du rezo des humains associés".

Dans celui intitulé "Fumer pendant que l’Irak brûle", Naomi Klein s’effare de certaines des réactions provoquées par la large diffusion du portrait du caporal James Blake Miller, cigarette au bec, après la prise de Falloujah.

En effet, en réaction à cette icône, un mouvement de protestation s’est fait jour qui dénonce l’apologie de la cigarette ou encore regrette que ne soit pas donnée des marines une image plus positive. « Peut-être que montrer un marine dans un tank, qui aide un autre GI ou qui boit de l’eau, aurait eu un impact plus positif sur vos lecteurs. » suggère un lecteur du New York Post, alors qu’une lectrice du Dallas Morning News interroge « N’y a-t-il pas de photos de soldats qui ne fument pas ? ».

Pour Naomi Klein ces critiques tombent en total porte-à-faux. La circulation massive, la reprise généralisée de cette image ont une signification bien plus profonde. « C’est une exploitation directe de l’icône la plus puissante de la publicité américaine (l’homme Marlboro), qui à son tour imitait la plus grande star jamais créée par Hollywood (John Wayne), qui canalisait lui-même le mythe fondateur le plus fort de l’Amérique, le cow-boy sur la frontière accidentée. C’est comme une chanson que vous avez l’impression d’avoir entendue mille fois - précisément parce que c’est le cas. »

Et la diffusion considérable de cette icône états-unienne est, pour elle, le symbole de la "scandaleuse impunité américaine" que tente de se forger la nation. « Hors des frontières de l’Amérique, explique-t-elle, c’est bien sûr un autre marine qui s’est vu décerner le prix du "visage de Falloujah" : le soldat filmé en train d’exécuter un prisonnier blessé et non armé dans une mosquée. En bonne place aussi, la photo d’un petit garçon de Falloujah, âgé de deux ans, dans un lit d’hôpital avec une de ses petites jambes arrachée ; un enfant mort dans la rue, étreignant le corps décapité d’un adulte ; une clinique médicale d’urgence en ruines. »

Naomi Klein s’alarme de cette stratégie de l’impunité, trait fort du comportement de Bush, mais contre laquelle son rival électoral, John Kerry, n’a jamais pris le risque de s’élever. Et elle conclut : « Le résultat dans le monde réel de toute cette pensée « stratégique » est le pire dans les deux mondes : il n’a pas permis à Kerry d’être élu et a montré clairement à ceux qui l’ont été qu’ils n’auraient aucun prix politique à payer pour les crimes de guerre qu’ils commettent. C’est là le cadeau véritable de Kerry à Bush : non seulement la présidence, mais aussi l’impunité. La meilleure illustration en est peut-être « l’homme Marlboro » de Falloujah et les débats surréalistes qu’il suscite. La véritable impunité fait naître une sorte de décadence nourrie d’illusions, et en voici l’image : une nation qui se chamaille au sujet du tabagisme, alors que l’Irak est à feu et à sang. »

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