![]() |
Depuis fin juillet, les médecins en cabinet peuvent consulter l’historique des soins prescrits et remboursés depuis un an à leurs patients.
Enfin, « peuvent » c’est peut-être un peu vite dit. En effet, selon Fulmedico, le dispositif ne donne guère satisfaction.
La Fédération des utilisateurs de logiciels médicaux et communicants, qui rappelle que le projet en question a lui-même pris deux ans de retard, évoque les premières expériences de connexion dans ces termes : « Cela ne surprendra pas les médecins blasés par les progiciels de FSE, l’installation en est complexe et hermétique. Pire elle peut déstabiliser le poste de travail et entraîner des conflits avec d’autres clients d’authentification. (...) Ses limites fonctionnelles et contraintes techniques le condamnent à un usage homéopathique. Son apport réel à la pratique du médecin est similaire à celui de Paris Hilton pour la philosophie contemporaine. » Suit la description des lenteurs, des lourdeurs, des conflits et des plantages de l’application testée sous Vista et Internet Explorer (drôle d’idée, aussi ;-)
En quoi consiste ce « DMP du pauvre » ? En introduisant la carte Vitale du patient et sa carte professionnelle le médecin peut (quand ça marche) accéder à un tableau qui donne, ligne à ligne, le nom des médicaments prescrits et remboursés au malade au cours des 12 derniers mois.
Pas d’antériorité, pas de posologie, pas de diagnostic, pas le nom du prescripteur, pas le nom du médecin traitant, juste la mention du nom du médicament (à l’exception de ceux prescrits dans le cadre d’une ALD [1] qui sont omis de la récapitulation).
Assez peu d’informations pour le médecin, en définitive, et qu’il faudra "payer" par du temps à passer à mettre en oeuvre du système et à informer le patient (qu’il peut refuser la consultation de son dossier). Pas sûr que le médecin y trouve son compte, d’autant plus que, si l’utilisation de l’outil n’est que recommandée, des médecins se demandent s’ils ne seront pas désormais tenus responsables de conflits médicamenteux du fait qu’ils peuvent maintenant, théoriquement, les prévenir.
On peut donc douter que le système trouve consensus. Il aura tout de même donné à voir la situation assez dramatique dans laquelle se trouve le système de médecine libérale marquée par le nomadisme médical et la surconsommation de médicaments..
A l’occasion de ses tests, Fulmedico a, par exemple, découvert le cas de cette patiente qui « s’est fait prescrire, puis délivrer, sans aucun problème la bagatelle de 22 boites de Seresta 50 au cours du mois de mai dernier [2]. Même dans les cas psychiatriques sévères, la posologie usuelle est de 25 à 150 mg/j, soit ½ à 3 comprimés à 50 mg. Avec une moyenne de 15 comprimés par jour, elle va entrer dans le Guinness Book. Mais un jour cette addiction risque de la conduire en réanimation ou à la morgue. »
[1] ALD : Affection de Longue Durée.
[2] Le mois de mai a vu un record, mais le dossier en ligne montre qu’il s’agit d’une addiction ancienne.