L’EPR finlandais en retard

samedi 11 août 2007.par Philippe Ladame
 
Les retards s’accumulent pour la centrale EPR en construction à Olkiluoto, Finlande.

Nous avions évoqué, dans Citron-Vert d’avril 2006, les difficultés techniques alors rencontrées par Areva dans la réalisation d’une centrale nucléaire EPR en Finlande.

Il se confirme que le chantier subira un fort retard. Selon Le Figaro du 11/08/07, « la centrale ne devrait produire ses premiers kilowattheures qu’en 2011, contre début 2009 prévu quand le contrat a été signé il y a un peu plus de trois ans. »

Pour le porte-parole d’Areva, Jacques Emmanuel Saulnier, le problème est administratif : « Ce chantier requiert l’envoi de 100 000 documents à l’autorité de sûreté nationale et à TVO. Tout cela prend du temps à être décortiqué et en attendant à chaque fois le chantier est arrêté. Nous n’avions pas intégré cette donnée », explique-t-il.

TVO, le fournisseur d’électricité finlandais qui a passé commande à Areva, ne comprend pas. « Rien dans les exigences de sécurité formulées par l’autorité de sûreté nucléaire finlandaise, et notamment la résistance à une chute d’avion, n’est une surprise pour Areva » explique Martin Landtman pour TVO. De plus, ils se disent « très contrariés qu’Areva ne nous prévienne que maintenant de ce nouveau report de mise en service. »

Les partenaires n’ont pas encore discuté "frais de retard", mais, selon le journal, Areva aurait « passé une provision dans ses comptes d’un montant qui n’a pas été dévoilé mais qui pourrait s’élever à près de 500 millions d’euros. » Cette somme correspond à peu près au montant de la subvention qu’Areva a reçu de la COFACE (organisme français par lequel transite l’aide de l’Etat aux entreprises exportatrices).

Malgré cette perte probable de 500 millions d’euros, qui s’ajoute au fait que le montant du contrat (3.2 milliards d’euros) ne sera pas révisé (bien que que les années passent), Le Figaro estime que « le jeu en vaut la chandelle. L’EPR finlandais a en effet servi de vitrine pour vendre cette technologie aux États-Unis et en Chine. »

Mais pour Greenpeace, le nouveau retard est révélateur d’un problème de fond. « En Finlande, Areva est rattrapé par ces mensonges » déclare Frédéric Marillier, chargé de campagne Nucléaire à Greenpeace France. « Tous les trimestres depuis bientôt deux ans, des problèmes surgissent sur le chantier d’Olkiluoto remettant en cause les affirmations et les promesses de l’industrie ».

Et c’est notamment la question de la résistance de la centrale à un crash d’avion qui est en jeu.

On se souvient (notre article) que Stéphane Lhomme, du réseau Sortir du nucléaire, avait été arrêté, en mai 2006, parce qu’il était « soupçonné de détenir un document confidentiel défense qui démontre la vulnérabilité du réacteur nucléaire EPR en cas de crash suicide d’un avion de ligne ».

« Quand le permis de construire à été octroyé, on a assuré au public finlandais que le réacteur était conçu pour supporter un accident aérien, et ce contre l’avis de nombreux experts. Les concepteurs du réacteur ont été informés de ces exigences par les autorités finlandaises dès 2001 », explique Harri Lammi, directeur des programmes de Greenpeace à Helsinki. « Il est incroyable d’annoncer que les retards sont dus à des problèmes liés au renforcement de la résistance du réacteur à un crash aérien ».

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