Bhopal, Tchernobyl : le danger durable

dimanche 14 novembre 2004.par Philippe Ladame
 
Retour sur deux catastrophes industrielles de la fin du 20ème siècle, une génération plus tard.

« La mémoire humaine est courte. 18 ans, c’est un siècle. » s’inquiète Yuri Kuzmich, directeur de la zone belarusse de contrôle et d’exclusion de Tchernobyl.

L’accident d’avril 1986 a contaminé, en Biélorussie, une région qui abritait 1.5 million de personnes. Au coeur de cette région 120.000 familles ont été évacuées et la zone a été déclarée zone d’exclusion, délimitée par des points de contrôle.

Mais, comme le rapporte ABC News, les contrôles se relâchent et le désir que "la vie reprenne son cours" s’affirme. Faute d’information suffisante, et d’alternative, un mouvement de ré-installation dans la région s’amorce qui inquiète les militants qui voient la zone d’exclusion elle-même de plus en plus fréquentée, notamment par des cueilleurs de baies et de champignons.

L’insuffisance d’études sanitaires systématiques, les entraves aux recherches (notamment le sort réservé au professeur Bandajevski) et le poids de difficultés sociales que connait la population belarusse se combinent pour prolonger le danger durable de Tchernobyl.

A Bhopal, où, il y a bientôt 20 ans, 40 tonnes de gaz toxiques s’échappaient de l’usine de pesticides d’Union Carbide, les effets sont, là aussi, terriblement durables.

Un reportage de BBC News ce dimanche 14 novembre, indique que des milliers de tonnes de déchets toxiques sont encore entreposés aux alentours de l’usine dans des conditions inappropriées, et que les produits chimiques s’infiltrent dans les réserves d’eau de la ville. « Nous avons pris un échantillon d’eau potable dans un puits près du site, indique Paul Vickers, correspondant de BBC News. Le niveau de contamination était 500 fois supérieur aux plafonds recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé. »

En 1984, plus de 4000 personnes (le chiffre n’est pas précisément établi) sont décédées des conséquences immédiates de l’accident. Plusieurs milliers d’autres décès consécutifs sont intervenus dans les mois suivants. Dans un dossier sur Bhopal, Greenpeace fait état de 100.000 personnes affectées durablement et nécessitant des soins. La persistance de la contamination risque d’aggraver encore le bilan.

Pourtant, là encore, au lieu d’établir les responsabilités et de prendre toute mesure pour protéger une population terriblement touchée, tout est fait pour retarder et diluer. Le site est devenu propriété de l’Etat indien, Union Carbide n’est plus, elle s’est fondue dans Dow Chemicals, deuxième entreprise chimique mondiale, dont un responsable, interrogé sur la question du passif d’Union Carbide, a déclaré : « Il n’est pas de mon ressort de porter la responsabilité d’un événement d’il y a 15 ans avec un produit que nous n’avons jamais développé, sur un site où nous n’avons jamais opéré. »

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