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Le 22/11/06, dans Libération, Dominique Voynet s’adressait à Nicolas Hulot, rappelant leur conviction commune, à l’approche de la grande négociation internationale de Kyoto, de l’urgence et de l’importance de la lutte contre l’effet de serre et le réchauffement climatique qu’il commençait à induire.
Elle convenait, bien évidemment, qu’il fallait « mettre ces sujets (changement climatique, pollution de l’eau, épuisement des énergies fossiles, recul de la biodiversité) au coeur de la campagne pour l’élection présidentielle. » Elle reconnaissait bien volontiers que « le bon sens voudrait que ce sujet mobilise la classe politique tout entière... » Mais elle ajoutait « franchement, Nicolas, penses-tu sincèrement que le candidat-ministre de l’Intérieur-président de l’UMP soit crédible pour s’opposer aux conséquences désastreuses d’un libéralisme qu’il revendique haut et fort ? »
Dans Libération du 1/12/06, Nicolas Hulot poursuit la conversation.
Il reconnaît d’abord l’importance de l’action des Verts. « Je ne suis pas de ceux qui méprisent votre engagement militant. Le travail souvent ingrat et courageux de vos élus locaux, régionaux et européens est loin d’être négligeable. Il est même essentiel, » explique-t-il. Mais il interroge : « Est-ce susceptible de modifier les tendances lourdes qui nous plombent ? Le « rapport de force » que vous souhaitiez établir est-il suffisant pour que la société s’y appuie et engage sa mutation ? »
Visiblement, Nicolas Hulot ne le pense pas. Il explique sa démarche consistant à « influer sur le cours des choses en cherchant à sensibiliser, et si possible à convaincre, l’ensemble du corps social, sans exclusive, de l’urgente nécessité d’apporter des réponses collectives à la crise environnementale, y compris en m’adressant aux responsables politiques, quelle que soit leur identité idéologique, » estimant que « au regard de ce que je crois être le déterminant majeur de l’avenir, la crise écologique, les fondements sur lesquels repose l’opposition droite-gauche, ne m’apparaissent pas pertinents. »
Pas question de conservatisme, toutefois. « Il n’y a pas compatibilité entre le système économique tel qu’il fonctionne et l’imaginaire culturel qu’il déploie, et la mutation à laquelle nous sommes conviés, » souligne-t-il.
Pour lui, « répondre au défi écologique constitue aujourd’hui la première tache politique, le socle commun de tous les choix à venir. » Il s’agit donc de faire prendre conscience, par une action qui ne se situe « ni à droite, ni à gauche, ni même au centre », pour que, à droite comme à gauche, les politiques soient redéfinies quitte à « offrir des solutions qui, pourquoi pas, peuvent s’avérer différentes et provoquer de féconds débats démocratiques. »
Cette idée suivant laquelle on peut répondre par des solutions diverses (de gauche et de droite) au défi commun, risque de n’être guère partagée par Les Verts, peu enclins à faire confiance, pour assurer la nécessaire mutation, à ceux qui ne pensent qu’en termes de "toujours plus" ou/et en termes de déréglementation. Il est plus probable que, réunis en Assemblée Générale à Bordeaux ce week-end, ils confirmeront que la mutation écologique ne se fera pas sans des politiques fondées sur la transparence, la précaution, la relocalisation, la redistribution, toutes choses peu compatibles avec la recherche de profit de court terme pour quelques uns.