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« En tant que citoyens français, l’attribution à un chef d’Etat comme Vladimir Poutine de la plus haute distinction du pays nous révolte. L’attribution de la Légion d‘honneur à une personnalité étrangère récompense “les services rendus à la France ou aux causes qu’elle soutient”. Depuis l’arrivée au pouvoir en mars 2000 du président russe, vingt et un journalistes ont été tués (Anna Politkovskaïa, Paul Klebnikov, Valéri Ivanov, Alexeï Sidorov, etc.) en raison de leurs activités professionnelles, dans un climat d‘impunité alarmant. Que cette décoration puisse être attribuée à un homme ayant démontré par ses actes et ses déclarations un mépris absolu de la liberté d’expression et plus généralement des droits de l’homme, est proprement scandaleux. »
C’est ce qu’ont voulu signifier une vingtaine de militants de Reporters Sans Frontières qui se sont réunis devant le musée de la Légion d’honneur le 17 novembre 2006, à l’occasion de l’inauguration par le président de la République française, Jacques Chirac, du musée national de la Légion d’honneur, à Paris, qui rouvrait ses portes au public après cinq ans de fermeture pour travaux.
Repoussés par la police et retenus à bonne distance du musée, ils arboraient tous l’insigne de la Légion d’honneur pour protester contre l’attribution au président russe, le 22 septembre dernier, du titre de Grand-Croix de la Légion d’honneur (distinction la plus élevée).
De son côté, le quotidien belge Le Soir a publié, il y a quelques jours, l’un des derniers textes d’Anna Politkovskaïa.
« Je rappellerai que ces cinq dernières années, le président Poutine n’a cessé de construire une « verticale du pouvoir », qui consiste d’un bout à l’autre pour lui personnellement ou pour ceux qu’il a nommés à désigner tous les fonctionnaires, toute la hiérarchie bureaucratique. La verticale du pouvoir est un état de l’organisation politique, où tous ceux qui sont capables de penser autrement que leur supérieur sont éloignés du milieu des responsables, » écrivait la journaliste dans ce texte fort qu’elle concluait ainsi : « L’essentiel, c’est d’avoir la chance de faire ce qui me paraît essentiel. Décrire la vie, accueillir tous les jours à la rédaction des visiteurs qui ne savent plus où aller dans leur malheur. Les autorités les ont envoyés promener d’un endroit à l’autre, car ce qui leur arrive ne cadre pas avec les conceptions idéologiques du Kremlin, si bien que l’histoire de leurs malheurs ne peut paraître quasiment nulle part et ils ne peuvent être régulièrement publiés que dans notre journal, qui s’appelle la Novaïa Gazeta. »