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Comme le rappelle Jean-Claude Pierre dans la revue l’Age de Faire dont le numéro 5 est sorti récemment, la Bretagne (soit 6 % du territoire agricole) produit 55% des porcs et près de 60 % de la volaille français. Résultat « la Bretagne est toute entière classée “zone sensible” et les 2/3 sont en “zone d’excédent structurel”, euphémisme technocratique signifiant : zone saturée de lisiers et de fientes de volailles. »
Après des décennies de laisser-faire, les agriculteurs situés dans ces zones doivent maintenant respecter une réglementation un peu plus contraignante.
Dans la région de Vitré, 44 éleveurs, confrontés à des problèmes de résorption ou d’épandage, ont décidé de constituer un GIE (Groupement d’Intérêt Economique) avec l’intention que cette structure permette l’exportation du lisier excédentaire vers des communes alentour grâce à un plan d’épandage de 4.000 ha.
La production du GIE est de 36500 tonnes de lisier, soit 137 tonnes d’azote et 70 de phosphore. 53 tonnes d’azote seraient épandues en local, par les producteurs eux-mêmes sur leurs terres, et 84 tonnes seraient exportées. Pour les terres d’épandage éloignées, le lisier serait transporté par camions dans des containers de 25 m3 et stocké provisoirement dans des citernes souples de 200 m3 en attente d’épandage par le Terragator, machine spécialisée moderne, qui devrait effectuer la plupart des épandages (source : La Bretagne Agricole - octobre 2006).
Pour les agriculteurs promoteurs du projet, celui-ci est une nécessité, notamment pour permettre la survie des petites exploitations et la reprise d’exploitations par des jeunes.
Mais ce point de vue n’est pas partagé par tout le monde. Ainsi, le collectif inter-associatif Scot du Pays de Rennes (Colias) appelle à signer une pétition contre ce projet « dangereux et incompatible avec les programmes de reconquête de la qualité de l’eau en Bretagne » consistant à faire parcourir environ 120.000 km par des camions pour réaliser ces épandages.
L’association Eau et Rivières, membre du collectif, dénonce un projet « ni sincère, ni crédible » et s’inquiète de son « gigantisme ». Elle regrette aussi que l’étude soumise à enquête publique n’ait pas suivi une logique de bassin versant.
Pour son président, Jean-François Piquot, « le système productiviste hors sol n’est pas gérable à long terme. » Une conclusion que ne désavouerait pas l’Age de Faire qui, dans le numéro signalé plus haut, évoque les solutions par l’agriculture biologique, comme dans la région de Munich ou encore comme la décision de Vittel de protéger ses captages en organisant et en subventionnat la conversion à ce type d’agriculture dans l’aire d’alimentation des nappes qu’elle exploite.