Immigration : la politique du chiffre

mardi 19 septembre 2006.par Philippe Ladame
 
L’annonce du nombre de régularisations consécutives à la "circulaire Sarkozy" provoquent de nombreuses réactions.

M. Sarkozy a annoncé lundi soir la régularisation de 6.924 personnes dans le cadre de la circulaire du 13 juin dernier sur les familles sans-papiers ayant des enfants scolarisés en France, circulaire qui avait suscité le dépôt de près de 30.000 dossiers.

Une dépêche Reuters évoque un « Tollé contre la méthode de régularisations de Nicolas Sarkozy », expliquant que les associations de soutien aux sans-papiers voient dans la similitude entre les objectifs du ministre et le chiffre final la preuve d’une "tromperie".

"A la loterie de monsieur Sarkozy, il y a beaucoup de perdants. Le ministre de l’Intérieur avait annoncé, avant même la fin de la période de régularisation, le quota de réponses positives qu’il entendait accorder aux demandes de régularisation", s’indigne France Terre d’Asile.

"C’est le grand bluff de l’été. Sarkozy voulait 6.000 régularisations, il a pris 6.000 familles, les premières qui se sont présentées", estime Brigitte Wieser, du Réseau éducations sans frontière (RESF).

Parfois même certains préfectures ont-elle peut-être joué plus "subtilement" en engageant des régularisations pas trop regardantes quant aux critères à des familles prises en charge par les CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile), tout en serrant la vis sur d’autres dossiers (peut-être plus "légitimes") pour rester dans les quotas indiqués par le ministère de l’intérieur. Bonus, on fait des économies.

En tout cas, on n’est certainement pas dans le cadre d’un traitement humain de la question. « Malgré la rentrée scolaire, les expulsions de familles déboutées vont se poursuivre - une quarantaine aurait été éloignée cet été. La logique qui avait conduit le ministre, en octobre, à suspendre les reconduites à la frontière pendant l’année scolaire, n’est plus à l’ordre du jour, » expliquent Les Echos.

Et dans ce climat vicié, les affaires déplorables n’en finissent pas de se multiplier, comme celle évoquée ce jour par l’Est Républicain qui raconte l’expulsion de Yolande Angue-Allogo. Cette ressortissante gabonaise, venue visiter sa tante en mai dernier avait alors rencontré Christophe et ils avaient souhaité poursuivre leur vie ensemble. Mais la demande de prolongation de visa n’a pas été faite suivant les procédures : centre de détention ; assignation à résidence ; et enfin expulsion : « Le billet d’avion réservé avant l’interpellation de Yolande, par le ministère de l’Intérieur, n’autorisait visiblement aucun délai ».

IMPRIMER


Dernières brèves