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La suggestion, qui vient de Ségolène Royal, a provoqué des réactions étranglées chez certains de ses camarades du Parti Socialiste.
Pour Laurent Fabius, cela revient à dire qu’on veut « casser l’objectif de mixité sociale et d’égalité républicaine. » Jean-Luc Mélenchon, un de ses partisans, lui aussi tout en finesse, a estimé que « la question de la carte scolaire est historiquement à gauche une question extrêmement délimitante par rapport à la droite », avant d’ajouter que « la première proposition de suppression, qui a été faite dans les années 80, c’était par le Front National ».
Créée en 1963, la carte scolaire (c’est à dire le fait de définir, en fonction de son lieu d’habitation, l’école, le collège ou le lycée que doit fréquenter un enfant) visait à favoriser la mixité sociale dans les établissements scolaires.
Quarante ans plus tard, il est clair que l’objectif n’est pas atteint. Parce que la méthode n’était pas bonne ou parce qu’elle a été mal appliquée ? Voilà la question.
Dans un article du 7/09/06, intitulé Le contournement de la carte scolaire, sport national, Maire-Info rappelle que les cas d’évitement sont nombreux.
Déjà l’an dernier, dans Une carte sans atout, nous évoquions une étude qui indiquait que « à Paris, 40 % des élèves de sixième évitent leur collège public de rattachement grâce à des dérogations ou à une inscription dans un établissement privé. » Et le phénomène se retrouve en province, dans une moindre mesure cependant.
Faut-il en déduire que la solution est dans une application plus rigoureuse du dispositif ou que le dispositif n’est pas une solution applicable ?
Dans Libération du 7/09/06, Fadela Amara, présidente du mouvement Ni putes ni soumises, estime que la réflexion mérite d’être menée. Elle met en évidence le fait que « lorsque l’on habite une cité ghetto où se concentrent la plupart des difficultés sociales et éducatives, la carte scolaire est un facteur de relégation. »
Elle voit bien de l’hypocrisie dans la défense du dispositif par certains. Elle appelle de ses voeux une refonte du système « dans le cadre d’une redéfinition globale de notre politique d’urbanisation. » Elle évoque aussi le besoin de créer les conditions d’une véritable mobilité des enfants, de leur domicile vers les écoles du centre-ville, « à l’image du busing aux Etats-Unis. »
En tout cas, elle demande que le débat ait lieu. « Nos enfants valent bien mieux que des postures préélectorales et pseudorépublicaines, auxquelles on tourne le dos une fois élu ! » conclut-elle.