A Paris : l’école creuse les inégalités

samedi 30 octobre 2004.par Philippe Ladame
 
Un rapport de l’inspection générale de l’éducation nationale décortique les mécanismes en oeuvre en région parisienne qui font devenir meilleurs les bons ... rater les autres.

Ce rapport de 120 pages, remis au ministre de l’Education, n’était pas destiné à être public, mais des journalistes en ont eu vent. Libération, d’abord, puis Le Monde s’en font l’écho.

Les écoles parisiennes ne manquent pourtant pas d’atouts, comme le signale Emmanuel Davidenkoff dans Libération : des enseignants expérimentés (49,6 % de plus de 50 ans dans le secondaire, soit 13 % de plus que la moyenne) et plus diplômés (25,4 % d’agrégés, contre 11 % de moyenne) ; des Réseaux d’Education Prioritaire importants (qui concernent des pourcentages d’élèves plus élevés que les chiffres nationaux) ; des établissements phares (publics et privés) aux pourcentages de réussite très élevés.

Mais, d’après les auteurs du rapport, c’est bien là que le bât blesse. Il y a, à Paris, une manière de favoriser la réussite des meilleurs qui entraîne les autres dans une spirale de la médiocrité des résultats.

- Cela commence en primaire.
"Dès l’école maternelle, se met en place l’approche élitiste qui mène à ces résultats", estiment les auteurs. On reconnait en effet généralement que la scolarisation des plus jeunes a un effet de réduction des inégalités dues au milieu.
Mais à Paris, seulement 8,2 % des enfants de 2 ans sont scolarisés, contre 32 % sur le plan national. De plus les écoles parisiennes accueillent rarement les élèves le samedi matin.
Les classes de CP y sont souvent très chargées, là où les CE1, CE2 et CM1 le sont nettement moins.
De plus les jeunes élèves sont confrontés à de multiples intervenants. En effet la Ville met à leur disposition des professeurs en EPS, en musique ou encore en informatique, en complément de l’instituteur. Selon les auteurs du rapport, "Autant cette organisation donne aux meilleurs encore plus de chances, plus de variété, un entraînement précoce à l’enseignement du second degré, autant ces interventions multiples, ces enseignements éclatés, ces emplois du temps en dentelle peuvent avoir des conséquences négatives sur la scolarité des élèves fragiles et peu sûrs d’eux".

- cela se poursuit dans le secondaire
Il est remarquable que, plusieurs décennies après la décision de séparer les lycées des collèges, Paris compte encore 30 cités scolaires où ces deux types d’établissement coexistent (essentiellement dans les quartiers cossus du centre et de l’ouest parisiens). Dans les collèges dans cette situation, les inspecteurs notent un niveau d’exigences supérieur [1]. C’est stimulant pour les bons élèves. Pour les autres ...
Mais le phénomène le plus remarquable est la manière dont se dessine une géographie sociale de l’offre éducative. Ainsi, les 5e, 6e, 7e et 11e arrondissement n’offrent pas de classe STT (Sciences et technologies tertiaires). Mais le russe en première langue vivante n’est proposé que dans le 5e, les sections internationales se trouvent surtout dans les 7e et 17e. Les sections sportives, elles, ont été reléguées dans les arrondissements extérieurs.
S’organisent alors, en fonction de cette géographie, des stratégies de réussite de "ceux qui savent" par le choix des établissements. L’affectation du collège se fait théoriquement en fonction de l’arrondissement. Mais, en 2003, sur 14 300 élèves entrés en sixième dans le public, 1 300 ont obtenu une dérogation. D’autres ont intégré le collège voulu par un habile choix d’option.

Ainsi, tout au long de ce parcours qu’on prétend commun, s’établit systématiquement la différenciation. En bout de course, pour reprendre la conclusion de Virginie Malingre dans le Monde, « Henri-IV affiche un taux de réussite au bac de 100 %, avec 81 % d’élèves issus d’un milieu très favorisé. A François-Rabelais dans le 18e, ces chiffres tombent respectivement à 65 % et 10 %. Tout un monde. »

[1] On constate le même phénomène dans les lycées possédant des classes préparatoires aux "grandes écoles".

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