Ours : l’approche suisse

mercredi 26 juillet 2006.par Philippe Ladame
 
Chassé en Suisse jusqu’à extermination au début du siècle dernier, l’ours pourrait revenir. Les Suisses ont défini la conduite à tenir.

L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) de la confédération suisse a publié, le 25 juillet 2006, le Plan de gestion de l’ours brun en Suisse, rebaptisé Plan Ours (.pdf de 275 Ko).

Objet, aux XVIIIe et XIXe siècles, d’une chasse intensive l’ours a disparu de Suisse quand le dernier spécimen a été abattu en 1904 en Engadine, dans le Val S-charl. Il a survécu dans la province italienne du Trentin, à environ 70 km au sud où il a été décidé d’en renforcer la population en lâchant dix ours de Slovénie entre 1999 et 2002.

Plusieurs naissances ont été enregistrées depuis lors, et il n’est pas exclu que des ours viennent d’Italie en Suisse et, à moyen terme, s’y établissent [1]

Les Suisses ont donc souhaité anticiper ce retour possible dans ce plan dont le premier paragraphe rappelle que « l’ours brun a été classé espèce animale protégée par la législation nationale en 1962. De plus, la Suisse a ratifié la Convention de Berne en 1979, elle soutient ainsi les mesures de protection prises à l’échelle internationale. »

L’idée de fond est qu’une cohabitation de l’homme et de l’ours en Suisse est possible, si ce dernier reste un animal sauvage. Cela suppose des mesures d’effarouchement de l’ours et d’information de la population. L’OFEV estime, en effet, que l’ours est naturellement farouche, mais s’il s’aperçoit qu’il peut facilement trouver à manger en se rapprochant de l’homme et de son habitat, il peut progressivement devenir moins farouche et les rencontres peuvent alors présenter des risques.

Il convient donc, selon l’OFEV, d’adopter une stratégie différenciée. D’où l’idée de définir trois catégories et d’adapter le comportement humain à chacune :
- pour l’« ours farouche » (qui peut vivre discrètement même dans des zones habitées et dont les rencontres avec l’homme sont normalement rares), la Confédération lance des projets régionaux visant à prévenir les dégâts ; Les cantons surveillent les peuplements d’ours et veillent à ce qu’aucune nourriture ne soit distribuée régulièrement aux ours
- l’« ours problématique » (celui qui se rapproche de plus en plus de zones habitées ou de hameaux pour trouver sa nourriture et cause des dégâts importants) doit être capturé et muni d’un émetteur puis faire l’objet d’« actions d’effarouchement »
- l’« ours à risque » (insensible aux mesures d’effarouchement et menaçant pour l’homme) doit être abattu.

Ces actions diverses, qui supposent du suivi, de la prévention et de l’éducation, s’accompagneraient, le cas échéant, de l’indemnisation des dégâts causés par l’ours conjointement par la Confédération et le canton.

Ce « plan ours » a fait l’objet d’une concertation au cours du printemps 2006 dont le bilan (.pdf de 41 Ko) a été publié début juin 2006. Ce document souligne que le plan a été « bien accueilli ». S’il est approuvé par la majorité des organismes consultés, il est toutefois rejeté par quelques cantons, ainsi que par la plupart des associations agricoles.

Il sera certainement intéressant de faire le bilan de sa mise en oeuvre dans quelque temps.

[1] L’été 2005 un ours a été signalé dans les Grisons, puis jusqu’aux confins de la Suisse aux frontières avec l’Italie et l’Autriche. C’est son frère qui a été abattu en Bavière le 26 juin 2006.

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